La position latérale de sécurité (PLS) consiste à placer sur le côté une personne inconsciente qui respire, dans une position stable. Elle protège la respiration : la langue ne bascule plus en arrière pour fermer la gorge, et les sécrétions ou vomissements s'écoulent vers l'extérieur au lieu de passer dans les poumons.
Cette fiche s'adresse aux soignants qui revoient le geste : son rôle, le protocole, la technique en trois temps, les cas particuliers et deux situations vécues en cabinet et à domicile.
Sommaire de la fiche
- Le rôle de la PLS et les risques sans elle
- La conduite à tenir : le protocole étape par étape
- La technique de retournement en trois temps
- Quand la pratiquer, quand s'en abstenir
- Droite ou gauche : adapter selon la victime
- Deux cas pratiques en situation de soin
- Erreurs fréquentes et astuces de terrain
- Après la PLS : surveiller et transmettre
- S'entraîner, se former et former son équipe
- Liste de la séquence PLS à connaître
- Questions fréquentes
Le rôle de la PLS et les risques sans elle
La PLS, aussi appelée décubitus latéral, sert à garder les voies aériennes libres chez une victime inconsciente qui respire. Laissée sur le dos, cette personne s'expose à une obstruction des voies aériennes et à une asphyxie, car le relâchement musculaire de l'inconscience supprime les protections naturelles de la respiration.
| Risque sur le dos | Mécanisme | Conséquence |
|---|---|---|
| Obstruction par la langue | La langue, non maintenue, chute vers l'arrière et ferme le pharynx | Hypoxie rapide, arrêt respiratoire |
| Fausse route | Le contenu gastrique ou la salive reflue et passe dans la trachée | Bronchoaspiration, détresse respiratoire |
| Accumulation de sécrétions | Sans toux ni déglutition, salive, sang et mucus stagnent dans la gorge | Obstruction progressive, suffocation lente |
| Aggravation de l'hypoxie | La ventilation diminue et l'oxygénation du sang chute | Souffrance cérébrale et cardiaque, jusqu'à l'arrêt |
Sur le côté, bouche vers le bas, ces risques diminuent nettement. La position latérale apporte trois protections :
- elle empêche la langue de bloquer la gorge ;
- elle laisse s'écouler salive et vomissements vers l'extérieur ;
- elle maintient la victime stable jusqu'à l'arrivée des secours.
La conduite à tenir face à une victime inconsciente est détaillée par la Croix-Rouge française.
- Pour qui : victime qui ne réagit pas mais respire, hors traumatisme.
- Pourquoi : libérer les voies aériennes, laisser s'écouler les liquides.
- À ne pas faire : mettre en PLS une victime qui ne respire pas. C'est alors une réanimation cardio-pulmonaire.
- Quel côté : droite ou gauche au choix, sauf femme enceinte et personne obèse, à placer sur le côté gauche.
- Ensuite : alerter le 15, surveiller la respiration en continu.
- Formation : attestation AFGSU à renouveler tous les 4 ans, geste revu lors du recyclage.
La conduite à tenir : le protocole étape par étape
Face à une personne qui semble inconsciente, la conduite à tenir suit toujours le même ordre. La PLS n'est qu'une étape de ce protocole, déclenchée seulement après avoir vérifié la respiration. Cet enchaînement reprend celui rappelé par le ministère de l'Intérieur.
- Protéger. Supprimez ou écartez le danger (circulation, électricité, feu) avant d'approcher, pour vous et pour la victime.
- Apprécier la conscience. Posez une question simple et donnez un ordre clair. Si aucune réaction, secouez doucement les épaules.
- Libérer les voies aériennes. Basculez délicatement la tête en arrière, une main sur le front, deux doigts sous le menton, pour décoller la langue du fond de la gorge.
- Apprécier la respiration. Pendant 10 secondes, regardez le thorax se soulever, écoutez et sentez le souffle. Respiration normale : passez à la PLS. Respiration absente ou anormale : c'est un arrêt cardiaque, démarrez la réanimation.
- Mettre en PLS. Tournez la victime sur le côté selon la technique en trois temps détaillée plus bas.
- Alerter et surveiller. Faites alerter le 15 (ou alertez vous-même si vous êtes seul), puis surveillez la respiration jusqu'aux secours.
L'étape la plus délicate est l'appréciation de la conscience, car c'est elle qui décide de la suite. Vous adressez à la victime des consignes simples et claires, puis vous observez sa réaction :
- « Est-ce que vous m'entendez ? » ;
- « Ouvrez les yeux. » ;
- « Serrez-moi la main. » ;
- « Clignez des yeux. »
Sans aucune réaction à ces consignes, secouez doucement les épaules. L'absence totale de réponse confirme l'inconscience. Vous libérez alors les voies aériennes, puis vous vérifiez la respiration : c'est ce dernier point, et lui seul, qui détermine s'il faut passer à la PLS ou démarrer une réanimation.
Si vous êtes seul, placez d'abord la victime en PLS puis alertez les secours. Si une autre personne est présente, faites-la alerter pendant que vous réalisez le geste.
La technique de retournement en trois temps
La séquence reprend le référentiel national de la DGSCGC, ministère de l'Intérieur. Le mouvement reste régulier, sans forcer en cas de résistance.
- Préparation. Retirez les lunettes de la victime. Rapprochez ses jambes dans l'axe du corps. Placez le bras situé de votre côté à angle droit, coude fléchi, paume vers le haut. Amenez le dos de sa main opposée contre son oreille située de votre côté, paume contre paume.
- Retournement. Attrapez la jambe la plus éloignée derrière le genou et relevez-la, pied au sol. Faites levier sur ce genou pour faire rouler la victime vers vous, d'un mouvement d'ensemble, en accompagnant la tête.
- Dégagement et stabilisation. Ouvrez la bouche pour laisser s'écouler les liquides. Ajustez la jambe supérieure à angle droit, hanche et genou fléchis, pour bloquer la position. Vérifiez que la respiration se poursuit.
Quand la pratiquer, quand s'en abstenir
La PLS se justifie face à une victime qui ne répond pas, ne réagit pas à la stimulation, mais respire normalement, dans un contexte non traumatique. Les situations courantes en pratique soignante :
- intoxication alcoolique ou médicamenteuse ;
- malaise vagal avec perte de connaissance prolongée ;
- phase qui suit une crise convulsive ;
- hypoglycémie sévère chez une personne diabétique inconsciente.
Deux situations changent complètement la conduite à tenir.
- Arrêt cardiaque : pas de respiration, ou respiration anormale en gasps. La conduite est la réanimation cardio-pulmonaire immédiate associée au défibrillateur, pas la PLS. Vous pouvez enchaîner sur le massage cardiaque.
- Traumatisme du rachis suspecté : accident de la route, chute de hauteur. Vous maintenez la victime sur le dos en respectant l'axe tête-cou-tronc et vous attendez les secours équipés. Exception : un vomissement ou un danger vital immédiat impose de la retourner en préservant cet alignement.
En cas de suspicion de traumatisme, évitez les mobilisations inutiles, maintenez l'axe tête-cou-tronc et suivez les consignes du SAMU. Le défibrillateur reste une pièce de la chaîne de survie, d'où l'intérêt de connaître l'obligation d'équipement en défibrillateur des établissements.
Droite ou gauche : adapter selon la victime
En règle générale, le côté n'a pas d'importance : droite ou gauche, vous choisissez le côté le plus commode pour réaliser le geste, à condition que la victime respire bien une fois tournée. Cette liberté de côté vaut pour la plupart des adultes en situation non traumatique. Quatre profils demandent toutefois une attention particulière.
Femme enceinte et personne obèse : le côté gauche
Une femme enceinte, surtout au troisième trimestre, et une personne fortement corpulente se placent sur le côté gauche. La raison est hémodynamique : la veine cave inférieure, qui ramène le sang vers le cœur, passe à droite de la colonne vertébrale. Sur le dos ou sur le côté droit, l'utérus ou la masse abdominale comprime cette veine, ce qui réduit le retour veineux et le débit cardiaque (recommandations ERC 2025).
Pour un adulte sans particularité, aucun côté n'est privilégié : droite ou gauche conviennent. L'exception concerne la femme enceinte et la personne obèse, chez qui le côté gauche est recommandé pour décomprimer la veine cave inférieure et préserver le retour veineux (recommandations ERC 2025).
Personne âgée : mêmes gestes, vigilance accrue
Chez la personne âgée, le geste est identique, mais la fragilité cutanée et articulaire impose des mouvements doux et accompagnés. Le risque de fausse route est plus marqué en cas de troubles de la déglutition, ce qui rend le drainage par la bouche utile. Sur un sol froid, surveillez aussi le refroidissement pendant l'attente des secours.
Enfant et nourrisson
Chez l'enfant, la technique est la même que chez l'adulte. Chez le nourrisson, c'est-à-dire le bébé de moins d'un an, on garde le même principe avec une amplitude réduite, une main qui maintient la tête, et une surveillance constante par un adulte.
Selon une revue systématique publiée dans Resuscitation Plus en 2022 (Douma et coll.), chez les enfants présentant une baisse de vigilance d'origine non traumatique, la mise en position latérale était associée à un taux d'hospitalisation plus faible. Un argument concret pour maîtriser le geste, y compris en pédiatrie.
Deux cas pratiques en situation de soin
Voici deux situations fréquentes où un soignant applique la PLS, avec la conduite à tenir et les points propres au contexte.
Pendant un soin, un patient anxieux et à jeun fait un malaise vagal sur le fauteuil. Il ne répond plus mais respire. Le risque immédiat est la fausse route, avec des instruments, de l'eau et des compresses dans la bouche.
- Arrêter le soin, retirer aussitôt les instruments, compresses et la digue de la bouche.
- Incliner le fauteuil pour allonger le patient, vérifier conscience puis respiration.
- Respire : mise en PLS, bouche orientée vers le bas pour évacuer salive et liquides.
- Alerter le 15 et surveiller la respiration jusqu'aux secours.
À transmettre au SAMU : heure du malaise, soin en cours, produits utilisés (anesthésique), antécédents connus.
En tournée à domicile, une infirmière libérale trouve un patient âgé diabétique au sol, inconscient mais respirant, sans signe de chute traumatique. Le contexte oriente vers une hypoglycémie sévère. Elle est seule.
- Vérifier l'absence de danger, la conscience puis la respiration.
- Respire et pas de suspicion de traumatisme : mise en PLS sur le côté.
- Seule sur place : placer en PLS puis alerter le 15 sans attendre.
- Surveiller la respiration et noter l'heure et les variations de conscience.
À transmettre au SAMU : diabète connu, dernier repas et traitement, glycémie capillaire si réalisable, heure de découverte.
Erreurs fréquentes et astuces de terrain
La plupart des erreurs viennent d'une mauvaise lecture de la situation initiale, pas du retournement lui-même. Le réflexe central reste de vérifier la respiration avant tout.
| Erreur fréquente | Ce qu'il faut faire |
|---|---|
| Mettre en PLS une victime qui ne respire pas | Reconnaître l'arrêt et démarrer la réanimation cardio-pulmonaire avec défibrillateur |
| Confondre les gasps avec une respiration normale | Chez une victime inconsciente, des gasps (mouvements respiratoires rares, lents et bruyants, inefficaces) sont un signe d'arrêt cardiaque : on démarre la réanimation. En cas de doute, on considère que la respiration n'est pas normale et on traite comme un arrêt. |
| Retourner un traumatisé du rachis sans nécessité | Maintenir sur le dos dans l'axe, sauf vomissement ou danger vital immédiat |
| Laisser la bouche fermée, tête mal positionnée | Ouvrir la bouche, orienter vers le bas pour le drainage |
| Poser la victime puis s'éloigner | Surveiller la respiration en continu jusqu'aux secours |
Quelques réflexes qui font gagner du temps sur le terrain :
- retirer les lunettes et vider les poches d'objets durs (clés, téléphone) du côté qui repose au sol ;
- en établissement, déclencher l'alerte interne et faire apporter le chariot d'urgence et le défibrillateur en parallèle de l'appel au 15 ;
- noter l'heure de la perte de connaissance et toute fluctuation de l'état de conscience, information utile au médecin régulateur ;
- ne jamais forcer le retournement : en cas de raideur ou de résistance, ralentir et accompagner le mouvement.
Après la PLS : surveiller et transmettre
La PLS n'est pas un geste qui se termine une fois la victime sur le côté. Vous surveillez sa respiration en continu jusqu'à l'arrivée des secours. Si elle s'arrête ou devient anormale, vous repassez la victime sur le dos et démarrez la réanimation, en gardant en tête le bon rythme de compression.
Les numéros d'urgence à connaître : le 15 pour le SAMU, le 18 pour les pompiers, le 112 pour l'ensemble de l'Union européenne, et le 114 par message pour les personnes sourdes ou malentendantes.
À l'arrivée des secours, une transmission claire et ordonnée fait gagner un temps précieux. Donnez en priorité :
- l'âge et le contexte de la victime ;
- l'heure de la perte de connaissance ;
- son état actuel : elle respire, conscience revenue ou non, mise en PLS et de quel côté ;
- les antécédents et traitements connus ;
- l'évolution depuis votre arrivée et les gestes déjà réalisés.
« Femme d'environ 72 ans, retrouvée inconsciente il y a un quart d'heure, qui respire normalement. Je l'ai mise en position latérale de sécurité côté gauche, sans traumatisme visible. Patiente diabétique sous insuline, dernier repas ce midi, glycémie capillaire mesurée à 0,42 g/L. Respiration régulière et stable depuis, conscience non revenue. »
Si la conscience fluctue, avec des phases où la victime semble répondre puis repart en inconscience, notez les heures de ces changements. Cette chronologie oriente le médecin régulateur du SAMU à l'arrivée.
S'entraîner, se former et former son équipe
Comme tout geste de secourisme, la PLS s'apprend par la répétition, pas par la lecture seule. Le mouvement de retournement et la stabilisation de la jambe supérieure demandent un entraînement pratique sur mannequin ou entre stagiaires, c'est pourquoi le geste est revu lors du recyclage de l'AFGSU.
Pour réviser la théorie avant ou après une session pratique, vous pouvez tester vos connaissances sur les urgences vitales avec le quiz AFGSU 2. Deux ressources officielles complètent l'entraînement :
- la fiche gestes qui sauvent de la Protection Civile ;
- le guide pédagogique PSC1 de l'UFOLEP (PDF).
En établissement, l'employeur doit veiller à la formation et à la sécurité de son personnel, ce qui inclut les gestes d'urgence. La PLS à deux secouristes, illustrée ci-dessous, fait partie des séquences travaillées en formation Premiers secours en équipe.
Liste de la séquence PLS à connaître
Voici la séquence complète, dans l'ordre, à garder en mémoire pour une victime inconsciente.
- Protéger les lieux et se protéger avant d'approcher.
- Vérifier la conscience (question, ordre, secouer les épaules), puis libérer les voies aériennes et vérifier la respiration pendant 10 secondes.
- Respire : mettre en position latérale de sécurité.
- Ne respire pas ou anormalement : réanimation cardio-pulmonaire et défibrillateur, pas de PLS.
- Traumatisme du rachis suspecté : ne pas retourner, sauf danger vital.
- Femme enceinte ou personne obèse : côté gauche. Sinon, droite ou gauche au choix.
- Alerter le 15, le 18 ou le 112 (114 par message).
- Surveiller la respiration en continu.
- Noter l'heure et les variations de conscience.
- En structure : chariot d'urgence, défibrillateur, alerte interne.
La Fondation Mutualia Grand Ouest met aussi à disposition une fiche posture PLS d'une page (PDF).
'+s.innerHTML+'Source : lonasante.com, Position laterale de securite