Les pictogrammes de danger sont les 9 losanges à cadre rouge imposés par le règlement européen CLP sur les produits chimiques dangereux. Ils signalent un produit explosif, inflammable, corrosif, toxique ou nocif pour la santé et l'environnement. Dans un service de soins, vous les croisez sur le gel hydroalcoolique, les détergents-désinfectants et le formol du bloc.
Nous avons choisi de leur consacrer un guide à part, car ces produits font partie des gestes de chaque jour. Leurs risques sont bien réels, mais on finit par ne plus voir les losanges sur les flacons.
Signification des 9 pictogrammes de danger
SGH01Bombe qui exploseProduit explosif. Selon le produit, une flamme, un choc, un frottement ou la chaleur peuvent déclencher l'explosion.
Télécharger le pictogramme explosif (SGH01)
SGH02FlammeProduit inflammable : liquide, gaz, aérosol ou solide qui prend feu facilement.
En soins : le gel hydroalcoolique. Tenez-le loin de la chaleur et des étincelles.
Télécharger le pictogramme inflammable (SGH02)
SGH03Flamme sur un cercleProduit comburant. Il active un incendie ou l'aggrave.
En soins : l'acide peracétique, désinfectant oxydant fort.
Télécharger le pictogramme comburant (SGH03)
SGH04Bouteille de gazGaz sous pression, comprimé, liquéfié, réfrigéré ou dissous. Le récipient peut exploser à la chaleur.
Télécharger le pictogramme gaz sous pression (SGH04)
SGH05CorrosionBrûlures graves de la peau, lésions des yeux, attaque des métaux.
En soins : eau de Javel concentrée, acide peracétique, selon leur concentration. Conservez-les dans un récipient résistant à la corrosion.
Télécharger le pictogramme corrosif (SGH05)
SGH06Tête de mortToxicité aiguë des catégories les plus sévères : intoxication grave ou mortelle, même à faible dose.
En soins : le formol à 25 % et plus, mortel par inhalation.
Télécharger le pictogramme toxique (SGH06)
SGH07Point d'exclamationIrritation de la peau ou des yeux, allergie cutanée, somnolence, toxicité aiguë moins sévère que la tête de mort, atteinte de la couche d'ozone.
Télécharger le pictogramme irritant ou nocif (SGH07)
SGH08Danger pour la santéEffets graves sur la santé : cancer, mutation génétique, atteinte de la fertilité ou du fœtus, allergie respiratoire, atteinte d'organes, danger en cas d'aspiration.
En soins : le formol, classé cancérogène. Les effets apparaissent après des années d'exposition.
Télécharger le pictogramme danger pour la santé (SGH08)
SGH09EnvironnementToxicité pour les organismes aquatiques, à court ou à long terme.
Le bon réflexe : ne jamais vider le produit dans un évier ou la nature.
Télécharger le pictogramme danger pour l'environnement (SGH09)Pictogrammes : Nations unies (CEE-ONU), Système général harmonisé de classification et d'étiquetage des produits chimiques (SGH).
Ces 9 losanges couvrent trois familles de dangers : physiques (SGH01 à SGH05), pour la santé (SGH05 à SGH08) et pour l'environnement (SGH09).
Ils sont imposés par le règlement européen CLP n° 1272/2008, pour « classification, étiquetage et emballage », qui reprend le système de l'ONU.
Sommaire
Lire l'étiquette d'un produit chimique
Le pictogramme seul ne suffit pas pour connaître le danger. L'étiquette CLP l'accompagne de plusieurs mentions codées, toujours en français, présentes sur le récipient d'origine comme sur chaque emballage suivant.
Les codes H et P comptent toujours une lettre et trois chiffres, comme le détaille la page de l'INRS sur l'étiquetage.
Le premier chiffre d'un code H donne la famille : 2 pour le physique, 3 pour la santé, 4 pour l'environnement.
Prenez le formol concentré, utilisé pour fixer les pièces d'anatomopathologie. La fiche toxicologique FT 7 de l'INRS, mise à jour en mars 2025, lui attribue la mention « Danger ». Elle y associe trois pictogrammes : corrosion, tête de mort et danger pour la santé. Les mentions H350 (cancer) et H341 (anomalies génétiques) expliquent la présence du SGH08.
Plusieurs pictogrammes sur un produit, ou aucun
Un même produit peut porter plusieurs losanges, trois pour le formol concentré. À l'inverse, un produit sans losange n'est pas forcément sans risque. Deux mécanismes du règlement CLP expliquent ces situations.
Les règles de priorité entre pictogrammes
L'article 26 du règlement CLP supprime certains pictogrammes pour ne pas surcharger l'étiquette. Le danger le plus grave masque alors le moins grave.
- Tête de mort (SGH06) : le point d'exclamation (SGH07) n'apparaît plus.
- Corrosion (SGH05) : le point d'exclamation n'est plus utilisé pour l'irritation de la peau ou des yeux.
- Danger pour la santé (SGH08) pour une allergie respiratoire : le point d'exclamation disparaît pour l'allergie cutanée et l'irritation.
- Bombe (SGH01) : la flamme et la flamme sur cercle deviennent facultatives.
- Flamme ou tête de mort : la bouteille de gaz devient facultative.
Un flacon qui porte la tête de mort peut donc aussi irriter la peau, sans que le point d'exclamation le dise. Les mentions H de l'étiquette donnent la liste complète des dangers.
Les dangers signalés sans pictogramme
Certaines catégories de danger n'ont pas de pictogramme dans le règlement CLP, comme les gaz inflammables de catégorie 2. L'étiquette les signale seulement par une mention H et, le cas échéant, « Attention ».
Un produit peut aussi ne pas être classé faute de données suffisantes sur ses dangers. L'absence de classement ne prouve donc pas l'absence de danger, comme le rappelle la fiche Santé.fr sur les pictogrammes de danger.
Quatre classes de danger ajoutées en 2023 sont dans ce cas. Il s'agit des perturbateurs endocriniens pour la santé et pour l'environnement, et des propriétés PBT ou vPvB et PMT ou vPvM. Le règlement délégué (UE) 2023/707 ne leur associe aucun pictogramme, d'après la note de l'INRS sur les nouvelles règles d'étiquetage. Leur étiquetage s'applique aux substances depuis le 1er mai 2025 et aux mélanges depuis le 1er mai 2026.
Les produits de soins qui portent ces pictogrammes
Les soignants manipulent surtout des produits d'hygiène et de désinfection. L'enquête Sumer 2017 de la Dares en donne la mesure, d'après les premiers résultats de l'enquête Sumer 2017 publiés par l'INRS. En 2017, 33,7 % des salariés du privé étaient exposés à au moins un produit chimique. La part monte à 45,5 % chez les employés de commerce et de services, surtout par les produits de nettoyage et de désinfection.
Composé surtout d'éthanol, il est inflammable avec un point d'éclair d'environ 18 à 25 °C.
Les réserves et cartons ne se stockent jamais dans les couloirs ni les cages d'escalier.
L'acide peracétique est un oxydant fort et corrosif. L'eau de Javel est corrosive concentrée.
Javel et produit acide mélangés libèrent du chlore gazeux.
Le formaldéhyde est classé cancérogène de catégorie 1B dans l'Union européenne.
La réglementation impose de le remplacer dès que c'est techniquement possible.
Pour le gel hydroalcoolique, les consignes de stockage de l'INRS contre le risque incendie prévoient : local ventilé, produit absorbant et extincteur adapté à proximité. Au-delà d'une tonne d'éthanol stockée, le site relève de la réglementation des installations classées, rubriques 4330 et 4331.
Pour les désinfectants de surface, la fiche d'aide à la substitution FAS 10 de l'INRS compare les solutions qui remplacent le formaldéhyde. Elle déconseille le glutaraldéhyde, toxique et sensibilisant, et rappelle que le peroxyde d'hydrogène mélangé à un alcool présente un risque d'explosion.
Le bionettoyage expose directement les agents de service hospitalier à ces produits. La fiche métier de l'agent de service hospitalier détaille leurs missions au quotidien.
Médicaments et dispositifs médicaux sans pictogramme de danger
Un médicament fini ne porte pas de pictogramme de danger CLP, même s'il contient un principe actif cancérogène. Le règlement CLP exclut de son champ ces produits finis, destinés à l'utilisateur final :
- les médicaments à usage humain et vétérinaire,
- les cosmétiques,
- les dispositifs médicaux invasifs ou en contact direct avec le corps,
- les denrées alimentaires et les aliments pour animaux.
L'exclusion des dispositifs médicaux ne vise que ceux qui sont invasifs ou en contact direct avec le corps. Un désinfectant pour instruments n'entre pas dans ce cas : classé dangereux, il porte les pictogrammes CLP.
Pour les médicaments, ce vide complique le repérage des risques. L'INRS présente la liste indicative de médicaments dangereux publiée par la Commission européenne en 2025 (référence C/2025/1150). Elle croise les bases de l'Echa et de l'Ema pour identifier les molécules CMR.
Les médicaments dangereux et leurs produits de dégradation passent dans les excreta des patients : urine, selles, sueur. Le personnel qui entretient les locaux ou le linge peut donc être exposé, pas seulement l'infirmier qui administre.
Pour les médicaments cytotoxiques, l'INRS propose des affiches de prévention dédiées à l'administration, aux soins au patient et à la décontamination après un déversement. Elles sont réunies sur la page INRS consacrée aux médicaments cytotoxiques et aux soignants.
Pictogramme CLP ou panneau de signalisation de sécurité
Le losange à cadre rouge parle du produit. Le triangle jaune parle du lieu. Les deux relèvent de textes différents et ne se remplacent pas.
| Signe | Forme et couleurs | Ce qu'il signale | Texte de référence |
|---|---|---|---|
| Pictogramme de danger CLP | Losange, cadre rouge, symbole noir sur fond blanc | Le danger d'une substance ou d'un mélange, sur son emballage | Règlement (CE) n° 1272/2008 |
| Panneau d'avertissement | Triangle à fond jaune | Un risque dans une zone : risque biologique, matières toxiques, rayonnement | Arrêté du 4 novembre 1993, article R4224-24 du Code du travail |
| Étiquette de transport | Losange posé sur la pointe, couleurs variables selon la classe | La classe de danger d'une marchandise transportée | Réglementation du transport de matières dangereuses |
Le danger biologique en est l'exemple le plus courant à l'hôpital. Son symbole figure sur les panneaux d'avertissement des laboratoires, mais pas parmi les 9 pictogrammes CLP. L'article R4224-24 du Code du travail impose à l'employeur une signalisation conforme à l'arrêté de 1993.
La prévention de ce risque infectieux relève d'une démarche propre, détaillée dans le guide sur la formation hygiène et risque infectieux.
Ancien et nouvel étiquetage des produits chimiques
Les anciens symboles noirs sur carré orange ont laissé place aux losanges CLP en trois étapes, rappelées par l'INRS.
- 1er décembre 2010 : étiquetage CLP obligatoire pour les substances pures.
- 1er juin 2015 : fin de l'ancien système, étiquetage CLP obligatoire pour les mélanges.
- 1er juin 2017 : fin des dérogations pour les mélanges déjà en circulation.
Selon l'INRS, un produit acquis avant ces dates peut encore être utilisé sans être réétiqueté. Vous pouvez donc croiser un vieux bidon orange dans une réserve. La tête de mort existe dans les deux systèmes, mais elle ne couvre pas forcément les mêmes dangers.
La croix « nocif ou irritant » de l'ancien système
La croix noire de l'ancien étiquetage, utilisée pour « nocif » et « irritant », n'a pas d'équivalent direct. Ses dangers sont aujourd'hui portés par d'autres losanges, selon la nature et la gravité de l'effet. Seules les mentions H de la nouvelle étiquette permettent de savoir lequel s'applique.
La révision du règlement CLP de 2024
Le règlement (UE) 2024/2865 révise les règles de présentation des étiquettes : taille minimale des caractères, mise en page, étiquettes dépliantes. Il encadre aussi le délai de réétiquetage quand la classification d'un produit change, et les informations dues dans les publicités et la vente à distance.
Le 23 octobre 2025, le Parlement européen a adopté par 441 voix contre 108 le report de ces nouvelles règles au 1er janvier 2028. Ce report fait partie du paquet « Omnibus VI », présenté par la Commission européenne en juillet 2025 pour simplifier la législation sur les produits chimiques.
Pour vous, rien ne change sur les flacons d'ici là : la révision ne crée aucun nouveau pictogramme, et les 9 losanges gardent le même sens.
Vos réflexes au poste face à un pictogramme
L'employeur doit vous informer des agents chimiques dangereux présents dans le service. L'article R4412-38 du Code du travail lui impose aussi de vous donner accès à leur fiche de données de sécurité. Face à un losange, quatre réflexes vous protègent.
- Lire les mentions H sous le losange, pas seulement le symbole.
- Consulter la fiche de données de sécurité, dont la rubrique 2 reprend la classification et les éléments d'étiquetage.
- Étiqueter tout récipient reconditionné : l'étiquette doit suivre le produit sur chaque emballage successif, flacon pulvérisateur compris.
- Ne jamais mélanger deux produits, en particulier l'eau de Javel avec un produit acide. En cas d'exposition accidentelle, la rubrique 4 de la fiche de données de sécurité donne les premiers secours.
Pour chaque poste exposé, l'article R4412-39 du Code du travail impose aussi une notice de poste. Elle résume les risques, les règles d'hygiène et l'usage des protections.
En cas de doute sur un produit ou sur un symptôme après exposition, le médecin du travail reste votre interlocuteur. Quand l'établissement en compte un, le préventeur santé et sécurité au travail accompagne l'évaluation des risques professionnels.
Notre sélection de documents de référence pour reconnaître les pictogrammes et organiser la prévention dans le service, 5 documents.
Affiche INRS AA 746, juillet 2021, à afficher en réserve ou en local de préparation.
Voir le PDFKit INRS de novembre 2022 : 4 affiches A3 et A4 et 3 dépliants sur l'étiquetage CLP, dont « Les 9 pictogrammes de danger ».
Télécharger le kit (ZIP)Tableau INRS qui relie chaque pictogramme aux classes et catégories de danger, y compris celles sans pictogramme.
Voir le PDFAide-mémoire INRS ED 6027, 3e édition, septembre 2018, pour rédiger et mettre à jour la notice de poste.
Voir le PDFBrochure INRS ED 885, 2e édition, septembre 2015, sur les panneaux d'avertissement, d'interdiction et d'obligation.
Voir le PDFQuestions fréquentes sur les pictogrammes de danger
Quels sont les 9 pictogrammes de danger ?
Les 9 pictogrammes de danger sont la bombe (explosif), la flamme (inflammable), la flamme sur un cercle (comburant), la bouteille de gaz, la corrosion, la tête de mort (toxique), le point d'exclamation, le danger pour la santé et l'environnement. Ils sont codés de SGH01 à SGH09.
Quels sont les 3 groupes de dangers des pictogrammes ?
Les pictogrammes se répartissent entre dangers physiques, dangers pour la santé et dangers pour l'environnement. Le pictogramme corrosion appartient à deux groupes, car il signale l'attaque des métaux et les brûlures de la peau.
Que signifie le pictogramme point d'exclamation ?
Le point d'exclamation (SGH07) signale une irritation de la peau ou des yeux, une allergie cutanée ou une somnolence. Il couvre aussi une toxicité aiguë de faible gravité et le danger pour la couche d'ozone. Il disparaît de l'étiquette quand la tête de mort est présente.
Que signifie le pictogramme corrosif ?
Le pictogramme corrosion (SGH05) signale un produit qui brûle gravement la peau, lèse les yeux ou attaque les métaux. En milieu de soins, on le trouve par exemple sur l'eau de Javel concentrée et l'acide peracétique.
Sur quels produits trouve-t-on la tête de mort ?
La tête de mort (SGH06) figure sur les produits à toxicité aiguë élevée, qui peuvent causer une intoxication grave ou mortelle. À l'hôpital, le formol concentré la porte, avec la mention « Mortel par inhalation » (H330).
Quelle différence entre « Danger » et « Attention » sur une étiquette ?
« Danger » est réservé aux catégories de danger les plus sévères, « Attention » aux catégories moins graves. Une étiquette ne porte qu'une seule de ces deux mentions, celle du danger le plus grave.
Où télécharger les 9 pictogrammes de danger en PDF ?
L'INRS propose en PDF l'affiche « Produits chimiques : les 9 pictogrammes de danger », référence AA 746. Les fichiers officiels des pictogrammes sont aussi diffusés par les Nations unies au format image.
Le gel hydroalcoolique est-il un produit dangereux ?
Oui, le gel hydroalcoolique est inflammable et porte le pictogramme flamme. Il contient surtout de l'éthanol, avec un point d'éclair autour de 18 à 25 °C. Ses réserves ne doivent donc pas être stockées dans les circulations.
Pourquoi les médicaments n'ont-ils pas de pictogramme de danger ?
Les médicaments finis sont exclus du règlement CLP, qui fixe les pictogrammes. Certains contiennent pourtant des molécules cancérogènes ou toxiques pour la reproduction. La Commission européenne a publié en 2025 une liste indicative de médicaments dangereux pour aider à les repérer.
Existe-t-il un nouveau pictogramme de danger ?
Non, la liste compte toujours 9 pictogrammes. Les classes de danger ajoutées en 2023, comme les perturbateurs endocriniens, n'ont pas de pictogramme. Elles figurent sur l'étiquette par une mention de danger. La révision du CLP de 2024 change la présentation des étiquettes, pas les symboles.
Le pictogramme danger biologique fait-il partie des pictogrammes CLP ?
Non, le danger biologique relève de la signalisation de santé et de sécurité au travail. Il figure sur un panneau triangulaire à fond jaune. Il signale un risque dans un local ou une zone, alors que les pictogrammes CLP signalent le danger d'un produit chimique.
Un produit transvasé dans un flacon doit-il porter les pictogrammes ?
Oui, l'étiquette doit figurer sur le récipient d'origine et sur chaque emballage successif. Un flacon pulvérisateur rempli à partir d'un bidon de désinfectant reprend donc les pictogrammes et les mentions du produit.
- Lisez toujours les mentions H : un pictogramme peut en masquer un autre par la règle de priorité.
- Rangez le gel hydroalcoolique hors des couloirs et loin des sources de chaleur.
- Traitez les médicaments CMR comme des produits dangereux, même sans losange sur la boîte.
- Étiquetez chaque flacon reconditionné avant usage.
