Face à une plaie qui saigne fort, le premier geste n'est pas le garrot mais la compression directe sur la blessure. Le garrot vient après, quand cette compression ne suffit pas ou ne peut pas être tenue.
Ce guide décrit où le placer, comment le serrer, avec quoi l'improviser et quand il devient utile, à partir des référentiels de secourisme. Il s'agit ici du garrot d'urgence posé sur un membre, pas du garrot élastique d'une prise de sang.
Sommaire
Les gestes à faire, dans le bon ordre
La plupart des saignements s'arrêtent en appuyant fort sur la plaie. C'est le premier geste, avant tout le reste. Le garrot n'est utile qu'après, si ce geste ne suffit pas.
Selon l'INRS (document TP 29, PDF), l'hémorragie non contrôlée après un traumatisme reste l'une des principales causes de décès évitables chez les blessés. Agir vite et dans le bon ordre change le pronostic.
La séquence de base face à un saignement abondant
- Comprimer directement la plaie. Appuyez fort avec la paume ou les doigts, en interposant si possible un tissu propre qui recouvre toute la plaie.
- Allonger la victime. La position allongée retarde la détresse circulatoire.
- Faire alerter les secours. Le 15 (Samu), le 18 (pompiers) ou le 112 (numéro européen). Donnez le lieu précis et la nature de la blessure.
- Poser un tampon relais pour vous libérer. Si vous devez partir alerter ou gérer une autre victime, remplacez votre main par un lien large qui presse la plaie.
- Poser un garrot si le saignement persiste. Quand la compression reste inefficace ou impossible à tenir.
Les cas où le garrot se pose d'emblée
Certaines situations justifient de poser un garrot sans passer par la compression, parce que celle-ci est irréaliste ou dangereuse à tenter. Les référentiels de secourisme retiennent notamment :
- une amputation ou une plaie délabrante du membre,
- un corps étranger planté dans la plaie ou un os saillant,
- un membre inaccessible ou coincé (victime bloquée dans un véhicule),
- plusieurs victimes à prendre en charge en même temps,
- un sauveteur seul qui doit partir donner l'alerte.
Dans ces cas, le garrot libère le sauveteur et sécurise le membre en attendant les secours.
Un pansement hémostatique (compresse imprégnée d'un produit qui accélère la coagulation) aide à former le caillot sans couper la circulation. Il est utilisé par les secouristes et les forces armées, et se place directement sur la plaie avant la compression.
Où poser le garrot et comment serrer
Le garrot se pose sur un membre, et seulement sur un membre. Jamais sur le cou, le thorax ou l'abdomen, où il n'arrêterait rien et aggraverait la situation.
Le bon emplacement
La règle actuelle est nette. Le garrot se place quelques centimètres au-dessus de la plaie, entre la plaie et le cœur, jamais directement sur une articulation. L'INRS retient une pose à quelques centimètres au-dessus de la lésion, y compris sur l'avant-bras ou la jambe.
C'est une évolution par rapport à l'ancien enseignement, qui plaçait le garrot à la racine du membre (épaule ou aine). Les référentiels actuels retiennent une pose juste au-dessus de la plaie. Ce positionnement reste efficace et limite la zone du membre privée de sang.
Le serrage
Un garrot se serre jusqu'à l'arrêt complet du saignement, puis se maintient. Un garrot qui laisse encore couler le sang est mal posé. Il ne soulage pas et aggrave les lésions du membre, car il gêne le retour veineux sans couper l'apport artériel.
Le garrot ne s'installe pas en cas de plaie du cou, du thorax ou de l'abdomen, ni sur une section de membre trop proche de sa racine (pli de l'aine, creux de l'aisselle). Dans ces cas, il faut maintenir une compression manuelle la plus forte possible et alerter sans attendre.
Garrot improvisé ou garrot dédié
Sans matériel dédié à portée de main, un garrot s'improvise. Mais tout n'est pas utilisable, et le choix du lien fait la différence entre un garrot qui arrête le sang et un lien qui blesse sans rien stopper.
Fabriquer un garrot improvisé
Il faut un lien large et non élastique, de plusieurs centimètres : cravate, écharpe, foulard, bande de tissu solide. À l'inverse, on écarte la corde, le lacet, le fil de fer ou le tendeur, qui coupent la peau sans comprimer les vaisseaux en profondeur.
- Enrouler le lien. Deux tours autour du membre, quelques centimètres au-dessus de la plaie.
- Faire un premier nœud. Un nœud simple pour bloquer le lien.
- Glisser une barre rigide. Un bâton, une cuillère, un tournevis, posé sur le nœud.
- Tourner la barre pour serrer. On tourne jusqu'à l'arrêt du saignement.
- Bloquer la barre. Un second nœud fixe la barre en position serrée.
Garrot dédié : plus fiable quand le risque est présent
Un garrot de fabrication industrielle, conçu pour cet usage (par exemple les modèles CAT, pour Combat Application Tourniquet, ou SOFTT-W), reste préférable au garrot improvisé. Il se serre plus vite, tient mieux la pression et peut souvent se poser d'une seule main.
L'INRS souligne l'intérêt d'un garrot industriel, surtout quand le risque de saignement abondant est accru ou quand l'accès aux secours est long, par exemple en site isolé.
| Critère | Garrot improvisé | Garrot dédié |
|---|---|---|
| Disponibilité | Immédiate, avec ce qu'on a sur soi | Nécessite un achat et une trousse à jour |
| Efficacité du serrage | Variable, dépend du lien et de la barre | Élevée et régulière |
| Pose à une main | Difficile | Prévue par conception |
| Recommandation INRS | Solution de dépannage | Préférable si risque accru ou secours éloignés |
Durée du garrot, dangers et heure de pose
Une fois posé, un garrot suit trois règles simples qui protègent la victime et guident l'équipe médicale.
Rester visible, ne pas desserrer, noter l'heure
- Ne pas recouvrir le garrot. Il doit rester visible. Un garrot caché sous un vêtement risque de passer inaperçu et d'être laissé trop longtemps.
- Ne pas le desserrer. Seul un médecin ou l'équipe médicale le retire, dans un cadre contrôlé.
- Noter l'heure de pose. Au feutre sur la peau ou sur un papier fixé à la victime. Cette information suit la chaîne des secours.
Pourquoi la durée compte
Un garrot coupe la circulation du membre. Plus il reste serré longtemps, plus le risque de lésions augmente. C'est la raison pour laquelle le sauveteur ne le desserre jamais et note l'heure de pose, en laissant la décision de le retirer à l'équipe médicale.
La question du desserrage ne se pose donc pas pour un témoin. Elle ne concerne que les situations d'isolement prolongé, et relève alors d'une consigne médicale transmise par le 15.
C'est justement parce que l'heure de pose conditionne les décisions médicales suivantes qu'on la note toujours. Un garrot posé sans horodatage complique le travail des équipes qui prennent le relais.
Qui peut poser un garrot, le cadre citoyen
Le garrot n'est pas réservé aux professionnels. En situation d'urgence vitale, n'importe quel témoin peut le poser. C'est même attendu de lui.
Un geste rendu au grand public
L'histoire du garrot dans les formations françaises est mouvementée. Enseigné au grand public de 1991 à 2007, il en avait été retiré, avant d'être réintroduit dans les formations grand public après les attentats de novembre 2015, à la demande de l'État.
Il figure aujourd'hui parmi les gestes de la sensibilisation nationale aux comportements qui sauvent (protéger, alerter, masser, défibriller, arrêter une hémorragie), accessible dès dix ans. Côté travail, l'INRS l'a réintégré dans les gestes du sauveteur secouriste du travail en 2017.
Ce que dit la loi
L'obligation d'agir découle de l'article 223-6 du Code pénal, qui sanctionne la non-assistance à personne en péril. Ne pas porter secours, quand on le pouvait sans risque, expose à cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende. Le texte complet est consultable sur Légifrance, article 223-6 du Code pénal.
Aucune qualification n'est exigée pour agir face à un péril imminent. La formation ne crée pas un droit d'agir, elle réduit fortement le risque d'erreur.
Se former au geste (PSC1, SST, AFGSU 2)
Poser un garrot se travaille en pratique, sous l'œil d'un formateur, avec des mises en situation. Trois cadres permettent d'apprendre et de réviser ce geste.
La proportion de personnes formées reste faible. Selon la Croix-Rouge française, environ 40 % des citoyens sont formés aux gestes de premiers secours, un chiffre en hausse mais encore en retard sur les voisins européens. Se former, c'est rejoindre le premier maillon de la chaîne de secours.
Trois formations, trois publics
- PSC1. La formation grand public de référence, environ 7 heures, qui couvre l'arrêt des hémorragies parmi ses modules. Le détail figure sur la page formation PSC1.
- SST. Le sauveteur secouriste du travail, pour le milieu professionnel, avec un maintien et actualisation des compétences tous les 24 mois.
- AFGSU 2. Obligatoire pour les professionnels de santé, elle traite la pose du garrot dans son module hémorragies. Voir la page dédiée à l'AFGSU 2.
Un geste au sein d'un ensemble
Le garrot fait partie d'un ensemble de gestes qui se complètent. Il s'articule avec la position latérale de sécurité pour une victime inconsciente qui respire, et avec la reconnaissance des différents types de plaies. L'ensemble s'inscrit dans le champ des formations au secourisme.
Documents officiels et démonstration en vidéo
Pour aller au-delà de la lecture, voici une vidéo pédagogique produite par Sikana, association d'éducation par la vidéo, ainsi que les documents de référence des institutions qui encadrent le geste.
La compression et le garrot en pratique
La vidéo montre la conduite de base. Elle ne remplace pas un entraînement encadré, seul moyen de répéter le geste sur mannequin et de le corriger.
Les documents de référence à consulter
Questions fréquentes
Comment faire un garrot simple ?
Prenez un lien large et non élastique (cravate, écharpe, bande de tissu de plusieurs centimètres). Faites deux tours autour du membre, quelques centimètres au-dessus de la plaie, puis un nœud simple.
Glissez une barre rigide (bâton, cuillère, tournevis) sur le nœud et tournez-la jusqu'à l'arrêt complet du saignement. Bloquez la barre avec un second nœud, notez l'heure et alertez le 15 ou le 112.
Où faut-il placer le garrot par rapport à la plaie ?
Sur un membre uniquement, quelques centimètres au-dessus de la plaie, entre la plaie et le cœur, jamais sur une articulation. L'INRS retient une pose à quelques centimètres au-dessus de la lésion, même sur l'avant-bras ou la jambe.
Il ne faut plus poser à la racine du membre comme le voulait l'ancien enseignement. Poser juste au-dessus de la plaie reste efficace et limite la zone du membre privée de sang.
Combien de temps peut-on laisser un garrot en place ?
Jusqu'à la prise en charge médicale, sans jamais le desserrer. Le retrait revient au médecin ou à l'équipe de secours, en milieu contrôlé.
Plus un garrot reste serré longtemps, plus le risque de lésions du membre augmente. C'est pourquoi on note l'heure de pose et on laisse l'équipe médicale décider. Pour un témoin, la question du desserrage ne se pose pas, sauf isolement prolongé et sur consigne du 15.
Quels sont les dangers d'un garrot mal posé ?
Un garrot trop lâche ne stoppe pas l'artère mais gêne le retour veineux, ce qui augmente le saignement au lieu de le réduire. Il faut donc serrer jusqu'à l'arrêt total du sang.
Un garrot laissé trop longtemps expose le membre à la paralysie puis à des lésions irréversibles. Un garrot posé sur le tronc ou trop près de la racine du membre est inefficace.
Quand ne faut-il pas faire un garrot ?
On ne pose pas de garrot sur le cou, le thorax ou l'abdomen, ni sur une plaie située trop près de la racine du membre (pli de l'aine, creux de l'aisselle). Dans ces zones, il faut maintenir une compression manuelle forte.
Tant que la compression directe suffit à arrêter le saignement, le garrot n'est pas nécessaire.
Qui a le droit de poser un garrot ?
Tout témoin, en situation d'urgence vitale. Aucune qualification n'est exigée pour agir face à un péril imminent, et l'article 223-6 du Code pénal impose même de porter secours.
Le geste est enseigné au grand public depuis 2015 et fait partie de la sensibilisation nationale aux gestes qui sauvent, accessible dès dix ans.
Qu'est-ce qui peut remplacer un garrot ?
La compression manuelle directe sur la plaie reste le premier geste, suivie au besoin d'un tampon relais (un lien large qui presse la plaie et libère le sauveteur).
Un pansement hémostatique, appliqué sur la plaie, aide à former le caillot sans couper la circulation. Le garrot n'intervient que si ces gestes échouent ou sont impossibles.
Quels objets du quotidien peuvent servir de garrot ?
Un lien large et non élastique fait l'affaire : cravate, écharpe, foulard, ceinture en tissu, bande de vêtement déchiré. Il faut plusieurs centimètres de large pour ne pas cisailler la peau.
On évite absolument la corde, le lacet, le fil de fer ou le tendeur élastique, qui blessent sans comprimer les vaisseaux en profondeur.
Pourquoi note-t-on l'heure sur un garrot ?
Parce que la durée pendant laquelle le membre est privé de sang conditionne les décisions médicales suivantes. L'équipe qui prend le relais doit savoir depuis combien de temps le garrot est en place.
On note l'heure au feutre sur la peau ou sur un papier fixé à la victime, et on transmet aussi cette information au 15 lors de l'alerte.
Garrot ou point de compression, quand faire l'un ou l'autre ?
La compression directe sur la plaie est le geste de première intention et suffit dans la plupart des cas. Le garrot arrive quand cette compression est impossible à réaliser ou reste inefficace.
Certaines situations de gravité (amputation, plaie inaccessible, plusieurs victimes, sauveteur devant partir alerter) justifient de poser le garrot d'emblée.
Peut-on acheter un garrot en pharmacie ?
Oui, des garrots dédiés de type tourniquet sont vendus en pharmacie et chez les distributeurs de matériel médical. L'INRS souligne leur intérêt quand le risque de saignement abondant est accru ou les secours éloignés.
Disposer d'un garrot ne dispense pas d'apprendre à le poser correctement lors d'une formation.
Comment arrêter un saignement abondant ?
Comprimez immédiatement et fortement la plaie, avec un tissu propre si possible, puis allongez la victime et faites alerter les secours (15, 18 ou 112).
Maintenez la pression jusqu'à l'arrivée des secours. Si vous devez vous libérer, posez un tampon relais. Si le saignement persiste malgré la compression, posez un garrot au-dessus de la plaie.
- Quand. Quand la compression directe est impossible ou reste inefficace, ou d'emblée sur critères de gravité (amputation, plaie inaccessible, plusieurs victimes).
- Où. Sur un membre uniquement (bras ou jambe), quelques centimètres au-dessus de la plaie, entre la plaie et le cœur, jamais sur une articulation.
- Avec quoi. Un garrot dédié si disponible, sinon un lien large et non élastique (plusieurs centimètres) et une barre rigide pour serrer.
- Après. Serrer jusqu'à l'arrêt total du saignement, noter l'heure de pose, ne pas recouvrir, ne pas desserrer, appeler le 15 ou le 112.
Le cadre de l'AFGSU, qui inclut la pose du garrot dans son module hémorragies, repose sur l'arrêté du 30 décembre 2014 modifié, cité dans les documents ci-dessus. Les ressources de l'INRS et de la Croix-Rouge détaillent la conduite à tenir face à une hémorragie.
Cette page a une visée informative. Elle ne remplace pas une formation aux premiers secours dispensée par un organisme habilité.