Harcèlement moral ou sexuel au travail : recours du soignant

Article mis à jour le : 31 juillet 2026

Depuis juillet 2026, un soignant agressé par un patient demande à son employeur, ou selon son statut à son ordre ou à son URPS, de déposer plainte pour son compte. La démarche suppose un consentement écrit et ne joue que pour une liste précise d'infractions.

Ce dispositif ne joue pas quand l'auteur est un confrère, un cadre ou un médecin du service. Or, en établissement, les auteurs cités sont majoritairement d'autres soignants ou encadrants. Ces situations relèvent d'un tout autre régime.

Vous trouverez ici les réponses à cinq questions.

  • De quel type de harcèlement s'agit-il, et quelle peine est encourue
  • Quelles preuves réunir, et lesquelles ne servent à rien
  • À qui parler en premier, selon que vous êtes à l'hôpital, en clinique, en cabinet ou à domicile
  • Ce qu'un arrangement à l'amiable règle, et ce qu'il ne règle pas
  • Quand saisir un juge
Infirmière confrontée à un médecin dans un couloir de service hospitalier
En établissement, les auteurs cités sont majoritairement d'autres soignants ou encadrants
Sommaire

Harcèlement moral, harcèlement sexuel ou agissement sexiste

Se tromper de qualification fait perdre un dossier. Les trois notions relèvent d'articles différents, appellent des preuves différentes et n'ouvrent pas les mêmes recours.

Qualification Ce qu'elle recouvre Répétition exigée
Harcèlement moral Agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail, portant atteinte aux droits et à la dignité, altérant la santé ou compromettant l'avenir professionnel Oui, les faits doivent être répétés
Harcèlement sexuel Propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste portant atteinte à la dignité ou créant une situation intimidante, hostile ou offensante Oui en principe, mais une pression grave unique exercée pour obtenir un acte sexuel y est assimilée
Agissement sexiste Agissement lié au sexe d'une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement dégradant Non, un seul agissement suffit
À noter

L'agissement sexiste est la qualification la plus accessible et la moins utilisée. Elle ne suppose aucune répétition, aucune connotation sexuelle et aucune intention de nuire. Une remarque unique sur la place des femmes dans un service, un surnom genré imposé ou une plaisanterie appuyée devant l'équipe relèvent parfois de cette qualification. Le juge vérifie à chaque fois le lien avec le sexe et l'atteinte à la dignité.

Les articles de loi à citer selon votre statut

Le fond de la définition est proche, mais l'article à citer dans un courrier ou une saisine change selon le statut. S'appuyer sur le mauvais texte affaiblit une demande.

Les textes à citer selon votre situation

Les peines encourues par l'auteur

Le harcèlement est un délit, pas seulement une faute professionnelle. Les sanctions pénales se cumulent avec la sanction disciplinaire prononcée par l'employeur ou par l'ordre.

Infraction Peine de base Peine aggravée
Harcèlement moral au travail
article 222-33-2 du code pénal
2 ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende Sanction disciplinaire en sus, jusqu'à la révocation ou le licenciement pour faute grave
Harcèlement sexuel
article 222-33 du code pénal
2 ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende 3 ans et 45 000 euros lorsque l'auteur abuse de l'autorité que lui confèrent ses fonctions
Important

L'abus d'autorité est une circonstance aggravante. Elle vise la situation la plus fréquemment décrite en établissement.

  • Un praticien à l'égard d'un soignant
  • Un cadre à l'égard d'un agent de son service
  • Un maître de stage à l'égard d'un étudiant

Le lien hiérarchique ne complique pas la reconnaissance des faits. Il alourdit la peine.

D'autres circonstances aggravantes existent, notamment la particulière vulnérabilité de la victime, la commission des faits par plusieurs personnes et l'usage d'un service de communication en ligne.

Ce qui ne relève pas du harcèlement

Toutes les situations de souffrance au travail ne sont pas qualifiables. Un cadre exigeant, une réorganisation mal vécue, un désaccord répété sur une pratique professionnelle ne suffisent pas.

  • L'exercice normal du pouvoir de direction, même ferme, ne constitue pas un harcèlement
  • Une sanction disciplinaire justifiée et proportionnée ne constitue pas un harcèlement
  • Un conflit interpersonnel réciproque relève d'une autre logique, celle des conflits en milieu hospitalier
  • Une charge de travail élevée touchant l'ensemble du service relève de la prévention collective des risques psychosociaux, pas du harcèlement individuel

Cette distinction n'enlève rien à la souffrance ressentie. Elle détermine seulement la voie de recours qui a une chance d'aboutir.

Face à un patient et non à un collègue, la lecture change encore. Les causes cliniques et la conduite à tenir sont détaillées dans notre analyse de situation face à un patient agressif.

Important, dans le doute, parlez-en quand même

Qualifier les faits n'est pas votre travail. C'est celui du juge, de l'enquête interne ou du service juridique. Beaucoup de situations restent tues parce que la personne concernée se dit qu'elle exagère, que ce n'est pas assez grave, ou que cela ne rentre dans aucune case.

Se taire au motif d'un doute sur la qualification est la principale raison pour laquelle les faits se répètent. Un signalement précoce, même sur des faits qui paraissent mineurs, date la situation et déclenche l'obligation d'agir de la structure.

Parlez-en, sans attendre d'être certain, à l'un de ces interlocuteurs.

  • Le référent harcèlement sexuel du comité social et économique, ou celui désigné par l'employeur
  • Le référent égalité de l'établissement, dans la fonction publique hospitalière
  • Le service des ressources humaines ou le cadre supérieur, par écrit de préférence
  • Le médecin du travail, tenu au secret médical, qui constate le retentissement et propose des mesures à l'employeur sans divulguer le contenu de l'entretien
  • Un représentant du personnel ou un délégué syndical
  • Un confrère ou une consœur de confiance, ne serait-ce que pour poser les faits à voix haute
  • Une ligne d'écoute anonyme, qui ne déclenche aucune procédure et n'informe personne

Aucune de ces démarches ne vous engage. Aucune ne suppose que vous ayez déjà décidé de porter plainte.

Harcèlement par un collègue, la plainte par l'employeur ne joue pas

La loi du 9 juillet 2025 et le décret du 20 juillet 2026 ont construit un dispositif efficace pour les agressions venant des patients. L'employeur, l'ordre professionnel ou l'URPS déposent plainte pour le compte du soignant, sur consentement écrit.

Ce dispositif comporte une exclusion écrite noir sur blanc. Après avoir autorisé l'employeur à déposer plainte, l'article 15-3-4 du code de procédure pénale ajoute une phrase sans ambiguïté.

Le texte exact

« Le présent alinéa n'est pas applicable lorsque les faits sont commis par un professionnel de santé ou un membre du personnel. »

Article 15-3-4 du code de procédure pénale, créé par l'article 5 de la loi du 9 juillet 2025.

La formule « le présent alinéa » vise l'alinéa consacré à l'employeur. La disposition ouverte aux ordres et aux URPS figure dans un alinéa distinct, et le texte ne dit pas expressément si l'exclusion s'y applique aussi. Aucune décision n'a encore tranché ce point.

Important

Concrètement, une infirmière harcelée par un praticien de son service ne compte pas sur son employeur pour déposer plainte, l'exclusion étant explicite. Face à un ordre ou à une URPS, la réponse dépendra de la lecture retenue du texte.

Dans les deux cas, trois voies restent ouvertes et sûres.

  • La plainte déposée personnellement, en commissariat ou par courrier au procureur
  • La plainte disciplinaire devant le conseil départemental de l'ordre
  • Le circuit propre à votre statut, décrit plus bas

Ce point compte, les auteurs internes étant majoritairement cités en établissement. Le dispositif entré en vigueur en 2026 laisse donc de côté une part des situations vécues entre soignants. Les modalités applicables aux agressions venant des patients sont détaillées dans notre page sur les violences envers les professionnels de santé.

Sur le versant préventif, une formation à la gestion de l'agressivité des patients ne traite pas ces situations, puisqu'elle porte sur la relation avec le public. Les services les plus exposés se tournent vers le programme Oméga, également centré sur les usagers. Aucun de ces dispositifs ne répond aux faits venant d'un pair.

Combien de soignants sont victimes de harcèlement

Deux consultations ordinales de grande ampleur ont été menées à l'automne 2024, dans le sillage du mouvement apparu à l'hôpital au printemps de la même année. Elles convergent.

Les deux enquêtes en un coup d'œil
  • Enquête de l'Ordre des médecins, menée avec l'institut Viavoice
  • Période : du 23 septembre au 14 octobre 2024, questionnaire anonyme par courriel
  • Participation : 21 040 répondants, dont 19 104 docteurs juniors et médecins en activité
  • Résultats publiés le 20 novembre 2024
  • Consultation de l'Ordre national des infirmiers, lancée après le mouvement d'avril 2024
  • Période : du 13 au 29 septembre 2024
  • Participation : 21 870 infirmières et infirmiers
  • Question sur les auteurs à réponses multiples, les pourcentages ne s'additionnent pas à cent
  • Portée : les deux enquêtes reposent sur des répondants volontaires. Les résultats décrivent ces répondants, non l'ensemble de chaque profession
Enquêtes ordinales 2024 et plan ministériel du 17 janvier 2025
Harcèlement entre soignants, ce que disent les chiffres et ce que dit le droit

L'ampleur du phénomène

49 %
des infirmiers déclarent avoir subi au moins une forme de violence sexiste ou sexuelle
38 %
des victimes n'ont entrepris aucune démarche contre leur agresseur
2 %
des victimes ont déposé plainte contre leur agresseur

Les trois qualifications à distinguer

1
Harcèlement moral
Agissements répétés dégradant les conditions de travail. Répétition exigée.
2
Harcèlement sexuel
Propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste. Une pression grave unique suffit.
3
Agissement sexiste
Agissement lié au sexe portant atteinte à la dignité. Aucune répétition exigée.
4
Hors du champ
Pouvoir de direction exercé normalement, sanction justifiée, conflit réciproque.

Deux circuits selon le statut

Agent de la fonction publique hospitalière
  • Articles L133-1 et L133-2 du code général de la fonction publique
  • Dispositif de signalement de l'établissement et référent égalité
  • Protection fonctionnelle, frais d'avocat compris
  • Recours devant le tribunal administratif
Salarié de droit privé
  • Articles L1152-1 et L1153-1 du code du travail
  • Référent harcèlement du comité social et économique
  • Alerte de l'inspection du travail
  • Recours devant le conseil de prud'hommes
Les trois pièges à connaître Le dispositif de dépôt de plainte par l'ordre, ouvert en juillet 2026, exclut les faits commis par un autre professionnel de santé. La médiation est prévue pour le harcèlement moral, pas pour le harcèlement sexuel. Une mesure d'éloignement ne doit pas pénaliser la personne qui signale.
Sources : consultation de l'Ordre national des infirmiers auprès de 21 870 répondants en septembre 2024, enquête du Conseil national de l'Ordre des médecins avec Viavoice, 21 040 répondants dont 19 104 en activité, publiée le 20 novembre 2024, code du travail et code général de la fonction publique.
lonasante.com

Deux consultations de grande ampleur ont été menées à l'automne 2024, dans le sillage du mouvement apparu à l'hôpital au printemps de la même année.

Chez les médecins

Le Conseil national de l'Ordre des médecins a interrogé les médecins inscrits au tableau du 23 septembre au 14 octobre 2024, avec l'institut Viavoice. 21 040 médecins ont répondu, dont 19 104 docteurs juniors et médecins en activité. Les résultats ont été publiés le 20 novembre 2024.

  • 29 % des répondants déclarent avoir été victimes de violences sexistes et sexuelles, le plus souvent pendant leur parcours étudiant
  • 54 % des femmes médecins actives, contre 5 % des hommes
  • 26 % ont subi des faits commis par un autre médecin
  • 49 % des femmes médecins actives ont été victimes d'un confrère ou d'une consœur, contre 3 % des hommes
  • Chez les femmes victimes, les faits se répartissent en outrage sexiste et sexuel dans 49 % des cas, harcèlement sexuel dans 18 %, agression sexuelle dans 9 % et viol dans 2 %
  • 65 % déclarent avoir eu connaissance de tels faits, 53 % pendant leurs études et 44 % dans le milieu professionnel
  • 54 % ont eu connaissance de faits commis par un médecin inscrit à l'Ordre
  • 66 % estiment qu'il manque un soutien aux victimes, 39 % constatent une banalisation

Chez les infirmiers

L'Ordre national des infirmiers a conduit sa consultation du 13 au 29 septembre 2024, auprès de 21 870 répondants.

  • 49 % des répondants déclarent avoir été victimes d'au moins une forme de violence sexiste ou sexuelle
  • Près d'un sur quatre ne se sent pas en sécurité sur son lieu de travail
  • Parmi les auteurs cités, 60 % sont des patients et 57 % d'autres professionnels de santé. La question admettait plusieurs réponses, les pourcentages ne s'additionnent donc pas à cent
  • Chez les infirmiers libéraux, les patients représentent 80 % des auteurs. Chez les hospitaliers, ce sont majoritairement d'autres professionnels, voire la hiérarchie
  • Nature des faits déclarés : 39 % de réflexions inappropriées ou dégradantes, 21 % d'outrages sexistes, 4 % d'agressions sexuelles, 0,13 % de viols
  • 34 % rapportent un impact sur leur santé, un quart sur leur vie sociale ou intime
  • 43 % des diplômés depuis moins de deux ans sont concernés, et près d'un répondant sur quatre l'a été dès sa formation initiale
Bon à savoir

Presque personne ne signale.

  • 38 % des infirmiers victimes n'ont entrepris aucune démarche
  • 2 % des infirmiers victimes ont déposé plainte
  • 3 % des médecins victimes ont informé leur Ordre
  • 11 % des infirmiers en établissement ont signalé les faits dans leur service

Quatre freins reviennent.

  • La peur de ne pas être crue
  • Les conséquences sur la carrière
  • La honte
  • Le fait de ne pas savoir quelles démarches existent

Le plan ministériel annoncé le 17 janvier 2025 découle directement de ces deux enquêtes. Il comporte neuf mesures, dont l'intégration de la prévention des violences sexistes et sexuelles au référentiel de certification des établissements de santé depuis le 21 janvier 2025, et à la certification périodique des professionnels à ordre.

Consulter les enquêtes des ordres professionnels

Les deux ordres publient leurs résultats complets en accès libre.

WEB
Communiqué du 20 novembre 2024. Les résultats principaux, la répartition par type de violence et les freins au signalement, avec le détail par sexe et par période, études ou exercice.
PDF
Ordre des médecins, novembre-décembre 2024. La version graphique des résultats, avec le statut des auteurs distingué entre parcours étudiant et milieu professionnel.
WEB
Les résultats de la consultation de septembre 2024, les facteurs identifiés et l'accès au signalement en ligne pour les infirmières et infirmiers.
PDF
Les chiffres détaillés de la consultation, les lieux de survenue, les répercussions déclarées et les propositions portées par l'Ordre.

Le harcèlement selon votre lieu d'exercice

Le lieu d'exercice change tout. Il détermine qui a l'obligation d'agir, quel dispositif interne existe, et surtout le degré d'isolement de la personne visée.

Harcèlement à l'hôpital public

C'est le cadre le mieux outillé sur le papier. Dispositif de signalement obligatoire, référent égalité, formation spécialisée en santé et sécurité, protection fonctionnelle, service de santé au travail interne.

C'est aussi celui où la hiérarchie est la plus dense et où la crainte des conséquences de carrière pèse le plus lourd. Les configurations récurrentes sont connues.

  • Praticien hospitalier à l'égard d'un interne ou d'un externe, avec la validation du stage en toile de fond
  • Chef de service ou cadre supérieur à l'égard d'un cadre de proximité
  • Encadrement de nuit à l'égard d'une équipe réduite, sans témoin extérieur
  • Ancienneté d'équipe à l'égard d'un professionnel nouvellement affecté

Harcèlement en clinique, laboratoire et officine

Structure privée, donc code du travail. L'employeur est tenu d'une obligation de sécurité et doit réagir dès qu'il a connaissance des faits.

La taille de la structure change tout.

  • Moins de 11 salariés : pas de comité social et économique, donc pas de référent harcèlement du personnel
  • Moins de 250 salariés : pas de référent employeur obligatoire
  • Officine de six personnes : le seul interlocuteur interne est le titulaire, parfois la personne mise en cause

Dans ce cas, l'inspection du travail et la médecine du travail deviennent les premiers relais.

Harcèlement en cabinet libéral et maison de santé

Pas d'employeur ni de protection fonctionnelle pour le professionnel installé, mais deux appuis existent, la protection juridique du contrat de responsabilité civile professionnelle et l'accompagnement du conseil départemental de l'ordre. Le harcèlement venant d'un associé ou d'un confrère de la structure relève de la voie disciplinaire ordinale et de la plainte pénale personnelle.

Le personnel salarié du cabinet, secrétaire médicale ou assistant, relève lui du code du travail, avec le praticien employeur comme responsable. Une même structure peut donc abriter deux régimes différents.

À noter

En maison de santé pluriprofessionnelle, la structure juridique détermine l'interlocuteur. Une société interprofessionnelle de soins ambulatoires ne fait pas de ses associés des salariés, mais elle organise des règles de fonctionnement dont le non-respect ouvre une voie de règlement interne. Les statuts prévoient souvent une clause de conciliation préalable, à activer avant toute action.

Harcèlement à domicile et en tournée

C'est la configuration la plus exposée et la moins couverte. Le professionnel intervient seul, sans témoin, dans un espace qu'il ne maîtrise pas.

Deux situations doivent être distinguées, car elles n'ouvrent pas les mêmes recours.

  • Harcèlement venant d'un patient ou d'un proche. Ce n'est pas du harcèlement au travail au sens du code du travail, mais un délit de droit commun. Pour un salarié de SSIAD ou de service d'aide à domicile, l'employeur peut déposer plainte pour son compte. Pour un infirmier libéral, l'ordre ou l'URPS le peut depuis juillet 2026.
  • Harcèlement venant d'un collègue ou d'un employeur. Appels répétés en dehors des heures, messages à connotation sexuelle, tournées modifiées par représailles. Là, le régime du harcèlement au travail s'applique pleinement.
Attention

Seul au domicile, vous n'avez aucun témoin. L'écrit devient votre seule preuve.

  • Noter chaque incident le jour même
  • Conserver les messages
  • Signaler au service avant de reprendre la tournée le lendemain
  • Demander par écrit à ne plus intervenir seul chez une personne identifiée comme à risque
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Les six premiers réflexes après des faits de harcèlement

Un dossier de harcèlement se gagne ou se perd sur la preuve. La qualification suppose des faits datés, décrits et si possible corroborés.

Ces réflexes valent dès le premier fait, avant même de savoir s'il sera qualifié. En parler à un tiers de confiance fait partie des premiers réflexes, au même titre que la traçabilité.

Les six réflexes à avoir dès le premier fait
1
Tenir un journal daté. Date, heure, lieu, propos exacts entre guillemets, personnes présentes. Écrit le jour même, conservé hors du poste de travail.
2
Conserver les écrits. Messages, courriels, plannings modifiés, comptes rendus d'entretien. Se les transférer sur une adresse personnelle avant toute rupture d'accès.
3
Consulter le médecin du travail. Il est tenu au secret médical, constate le retentissement sur la santé et propose des mesures à l'employeur, sans dévoiler le contenu de l'entretien.
4
Identifier les témoins. Une attestation écrite, datée, signée, avec copie de la pièce d'identité, vaut davantage qu'un témoignage oral promis.
5
Alerter par écrit. Un courriel ou un recommandé à la hiérarchie déclenche l'obligation de sécurité de l'employeur et date votre alerte.
6
Saisir le dispositif de signalement. Il existe dans tout établissement public et dans toute structure privée dotée d'un comité social et économique.
Attention

N'enregistrez personne à son insu sans avis juridique préalable.

  • Aux prud'hommes, un tel enregistrement est recevable, mais sous conditions strictes
  • Au pénal, la règle diffère
  • Un avocat tranche la question en cinq minutes

Quatre cas de harcèlement entre soignants

Voici les quatre configurations les plus souvent signalées. Chacune appelle une qualification et un circuit différents.

Cas 1 : infirmière et praticien du service

Une infirmière d'un service de chirurgie subit depuis trois mois des remarques à connotation sexuelle d'un praticien hospitalier, en salle de soins et devant l'équipe. Il lui propose à deux reprises de la raccompagner, insiste après un refus. Elle n'a rien signalé, par crainte pour son évaluation.

Conduite à tenir :

  • Reconstituer par écrit chaque fait daté, avec les propos exacts et les personnes présentes
  • Consulter le médecin du travail, qui constate le retentissement sans dévoiler le contenu de l'entretien
  • Saisir par écrit le dispositif de signalement de l'établissement, et non la seule hiérarchie directe
  • Demander la protection fonctionnelle en visant expressément les articles L133-1 et L134-1
  • Demander une mesure d'éloignement portant sur le praticien, pas un changement de service pour elle
Point de droit : les faits relèvent du harcèlement sexuel. Ni la médiation, ni un entretien conjoint ne conviennent, la relation d'autorité excluant toute négociation à égalité. L'ordre professionnel ne peut pas déposer plainte à sa place, l'auteur étant lui-même professionnel de santé.
Cas 2 : un cadre accusé de harcèlement moral

Un aide-soignant estime être harcelé par sa cadre. Plannings modifiés sans préavis, tâches ingrates systématiquement attribuées, remarques répétées sur sa lenteur en réunion d'équipe. La cadre invoque des retards répétés et une réorganisation du service.

Conduite à tenir :

  • Distinguer ce qui relève du pouvoir de direction de ce qui le dépasse, la répétition et la disproportion faisant la différence
  • Réunir les plannings successifs, les comptes rendus de réunion et les courriels
  • Recueillir des attestations de collègues, datées, signées, avec copie de pièce d'identité
  • Alerter par écrit le niveau hiérarchique supérieur, ce qui déclenche l'obligation d'enquêter
  • Saisir la formation spécialisée en santé, sécurité et conditions de travail, qui dispose d'un droit d'alerte
Point de droit : un cadre exigeant ne harcèle pas, une sanction justifiée non plus. Ce qui bascule la qualification, c'est la répétition d'agissements dégradant les conditions de travail et l'atteinte à la santé. L'enquête interne doit être confiée à des personnes sans lien hiérarchique avec les deux parties.
Cas 3 : un manipulateur radio visé par une collègue

Un manipulateur en électroradiologie subit depuis plusieurs semaines des gestes déplacés et des commentaires sur son physique de la part d'une collègue plus ancienne, en salle de pause. Deux collègues en ont ri. Il n'ose pas signaler, redoutant de ne pas être pris au sérieux.

Conduite à tenir :

  • Documenter comme dans toute autre situation, les textes ne comportant aucune condition tenant au sexe
  • Saisir le dispositif de signalement, qui recueille aussi les signalements de témoins
  • Solliciter une ligne d'écoute anonyme avant de décider, si l'hésitation domine
  • Demander que les témoins soient entendus, y compris ceux qui ont ri sur le moment
Point de droit : le harcèlement sexuel et l'agissement sexiste ne supposent aucune configuration de sexe particulière, entre personnes de sexe différent comme de même sexe. La banalisation par l'équipe n'atténue en rien la qualification, elle en aggrave souvent le retentissement.
Cas 4 : une étudiante en stage dans un service

Une étudiante en soins infirmiers subit des propos dégradants d'un interne pendant son stage. Elle dépend de ce service pour la validation de son semestre et n'a aucun lien contractuel avec l'établissement.

Conduite à tenir :

  • Alerter le formateur référent de l'institut, qui est l'interlocuteur du stage et non l'établissement seul
  • Saisir le dispositif de signalement de l'établissement d'accueil, ouvert aux stagiaires
  • Solliciter le référent égalité ou la direction des affaires médicales pour les faits impliquant un interne
  • Conserver les écrits et demander une modification d'affectation dans le service, pas un changement de terrain de stage
Point de droit : la position de dépendance pédagogique constitue une circonstance qui pèse dans l'appréciation des faits. Le plan ministériel de janvier 2025 cible d'ailleurs explicitement les personnes en position d'autorité sur les étudiants, maîtres de stage et tuteurs compris.

Réunir les preuves

C'est la question qui revient le plus souvent, et celle où l'on renonce le plus vite. Beaucoup de professionnels abandonnent en se disant qu'ils n'ont aucune preuve. C'est presque toujours faux.

Ce qui sert de preuve

  • Le journal daté. Rédigé au fil des faits, il vaut bien plus qu'une reconstitution faite six mois après. Date, heure, lieu, propos exacts entre guillemets, personnes présentes, ce que vous avez répondu.
  • Les écrits. Courriels, messages, notes de service, plannings modifiés, comptes rendus d'entretien, refus de congés motivés de façon inhabituelle.
  • Les attestations de témoins. Écrites, datées, signées, avec copie de la pièce d'identité. Un collègue qui craint pour son poste peut témoigner sur des faits qu'il a constatés sans se prononcer sur leur qualification.
  • Les certificats médicaux. Du médecin traitant, du psychiatre, du médecin du travail. Ils constatent un état de santé et son évolution, ils n'attribuent pas de responsabilité.
  • Les arrêts de travail et leur motif, lorsqu'ils s'enchaînent.
  • Les éléments de contexte. Départs répétés du même service, autres signalements antérieurs, turn-over anormal sur un poste.

Ce qui ne servira pas de preuve

  • Un ressenti exprimé sans fait daté et localisé
  • Un témoignage oral promis mais jamais écrit
  • Une capture d'écran sans date visible ni identification de l'expéditeur
  • Un certificat médical qui désigne un responsable, ce qui expose le médecin à une plainte ordinale et affaiblit la pièce
  • Un enregistrement réalisé à l'insu de l'interlocuteur, dont la recevabilité reste soumise à des conditions strictes et se juge au cas par cas

La charge de la preuve joue en votre faveur

Le point que presque personne ne connaît, et qui change tout. Devant le juge du travail comme devant le juge administratif, la victime n'a pas à prouver le harcèlement.

Elle présente des éléments de fait laissant supposer son existence. Il revient ensuite à l'employeur de démontrer que ces agissements sont étrangers à tout harcèlement et justifiés par des éléments objectifs.

Bon à savoir

Cette règle explique pourquoi un faisceau de faits modestes mais documentés l'emporte souvent sur un fait grave mais isolé et invérifiable. Cinq courriels anodins pris séparément, replacés dans une chronologie, suffisent parfois à déplacer la charge de la preuve. C'est aussi pourquoi le journal daté vaut mieux que la mémoire.

Au pénal, la logique est inverse. C'est au ministère public d'établir les faits, et le doute profite à la personne poursuivie. Une même situation peut donc aboutir devant le conseil de prud'hommes et être classée au pénal, sans contradiction.

À qui parler, et dans quel ordre

L'erreur la plus fréquente consiste à saisir tout le monde en même temps, ou personne. Un ordre existe, et il obéit à une logique simple, aller du plus proche au plus institutionnel en gardant une trace écrite à chaque étape.

Le référent harcèlement et les autres interlocuteurs internes

Dans quel ordre solliciter en interne
1
Le médecin du travail. Souvent le premier réflexe utile. Tenu au secret médical, il constate le retentissement sur la santé et propose un aménagement de poste à l'employeur, sans révéler le contenu de l'entretien. La visite se demande directement, sans passer par la hiérarchie.
2
La hiérarchie directe, par écrit. Un courriel daté qui décrit des faits, sans qualification juridique ni adjectif. C'est cet écrit qui déclenche l'obligation d'agir de la structure et fait courir sa responsabilité.
3
Le dispositif de signalement. Obligatoire dans tout établissement public. Il recueille aussi les signalements de témoins, ce qui permet à un collègue d'alerter à votre place.
4
Les ressources humaines. À saisir par écrit, en demandant explicitement l'ouverture d'une enquête interne et des mesures conservatoires. Formuler une demande précise vaut mieux qu'exposer une situation.
5
Le référent harcèlement ou égalité. Référent du comité social et économique dans le privé, référent égalité dans la fonction publique hospitalière. Il connaît la procédure interne et n'a pas de lien hiérarchique avec vous.
6
Les représentants du personnel. La formation spécialisée en santé et sécurité dispose d'un droit d'alerte. Une organisation syndicale accompagne aux entretiens et connaît les précédents de l'établissement.
Attention

Une demande écrite aux ressources humaines tient en trois points.

  • Les faits, datés et localisés
  • La demande précise, enquête interne et mesure d'éloignement
  • Le délai de réponse attendu

Comparez les deux formulations.

  • Engage la structure : « Je vous saisis des faits suivants et je demande l'ouverture d'une enquête interne ainsi qu'une mesure d'éloignement à titre conservatoire. »
  • N'engage à rien : « Je ne vais pas bien depuis quelque temps. »

Les recours externes

  • L'inspection du travail pour le secteur privé. Elle enquête, peut se faire communiquer des documents et signale les faits au procureur le cas échéant.
  • Le Défenseur des droits lorsque les faits relèvent d'une discrimination liée au sexe, à l'origine, à la santé ou à l'état de grossesse. Saisine gratuite, y compris par un délégué territorial.
  • L'agence régionale de santé pour un établissement de santé ou médico-social, en particulier quand la direction est elle-même en cause.
  • L'ordre professionnel lorsque l'auteur est un professionnel inscrit, par plainte disciplinaire ou par signalement.
  • Un avocat en droit du travail ou en droit public, dont la première consultation permet souvent de trancher en une heure ce que l'on hésite à faire depuis des mois.
  • Une association d'aide aux victimes, pour l'accompagnement dans les démarches et le soutien psychologique.
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Vos recours selon votre statut

Le statut détermine tout. L'interlocuteur, la juridiction, le délai et la nature de la protection changent selon que vous êtes agent public, salarié de droit privé ou libéral.

Recours de l'agent hospitalier

L'établissement a l'obligation de mettre en place un dispositif de signalement recueillant les actes de violence, de discrimination, de harcèlement moral ou sexuel et les agissements sexistes. Il recueille aussi les signalements de témoins.

À noter

Ce dispositif était régi par le décret du 13 mars 2020, abrogé depuis le 1er février 2025 et désormais codifié au code général de la fonction publique. De nombreux documents en circulation citent encore le décret abrogé, sans conséquence sur le fond, mais utile à savoir si l'on vous oppose un texte périmé.

  • Saisine du dispositif de signalement de l'établissement, par écrit
  • Demande de protection fonctionnelle à la direction, qui couvre les frais d'avocat et les mesures immédiates de protection
  • Saisine du référent égalité de l'établissement, dont la désignation est prévue par une instruction de la direction générale de l'offre de soins d'août 2021
  • Saisine de la formation spécialisée en santé, sécurité et conditions de travail, qui dispose d'un droit d'alerte
  • Recours devant le tribunal administratif, y compris en référé pour faire cesser la situation

Recours du salarié de droit privé

Clinique, laboratoire, officine, structure associative, centre de santé. L'employeur est tenu d'une obligation de sécurité qui l'oblige à réagir dès qu'il a connaissance des faits.

  • Alerte écrite à l'employeur, qui déclenche son obligation d'enquêter
  • Saisine du référent harcèlement sexuel du comité social et économique, désigné dans toute structure dotée d'un CSE
  • Saisine du référent employeur, obligatoire à partir de 250 salariés
  • Alerte de l'inspection du travail, qui enquête et signale au procureur le cas échéant
  • Recours devant le conseil de prud'hommes, contre l'auteur comme contre l'employeur

Recours du professionnel libéral

Un libéral n'a ni employeur ni protection fonctionnelle. Le harcèlement venant d'un associé, d'un confrère de la maison de santé ou d'un correspondant relève de deux voies parallèles.

  • Plainte disciplinaire devant le conseil départemental de l'ordre, avec conciliation ordinale préalable
  • Plainte pénale déposée personnellement, l'ordre pouvant se constituer partie civile aux côtés de la victime
  • Signalement sur la plateforme de son ordre professionnel, comme celle mise en place par l'Ordre national des infirmiers
  • Action civile en réparation devant le tribunal judiciaire
Critère Agent hospitalier Salarié privé
Texte applicable L133-1 et L133-2 du CGFP L1152-1 et L1153-1 du code du travail
Prise en charge des frais Protection fonctionnelle Protection juridique personnelle ou syndicat
Juridiction Tribunal administratif Conseil de prud'hommes
Instance interne Dispositif de signalement, référent égalité Référent harcèlement du CSE, référent employeur
Contrôle externe Agence régionale de santé, Défenseur des droits Inspection du travail, Défenseur des droits
Médiation prévue par un texte Non, mais possible en pratique Oui pour le harcèlement moral

Ce que votre employeur doit faire

C'est le levier le plus puissant, et le moins utilisé par les victimes. Il déplace le débat du terrain de la preuve du harcèlement vers celui, bien plus simple, de la réaction de la structure.

L'employeur est tenu de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Dans la fonction publique, l'administration doit protéger l'agent contre les atteintes dont il est l'objet à raison de ses fonctions.

Deux conséquences pratiques en découlent.

  • L'inaction est fautive en elle-même. Une structure informée par écrit et qui n'ouvre pas d'enquête manque à son obligation, indépendamment de la réalité du harcèlement. Ce manquement se plaide séparément et il se prouve facilement, puisqu'il suffit de produire son alerte et l'absence de réponse.
  • L'employeur répond des faits commis par ses préposés. Il n'est pas nécessaire que ce soit lui qui harcèle. Il répond de ce qui se passe dans son établissement dès lors qu'il en a été informé, ou aurait dû l'être.
Bon à savoir

L'employeur qui démontre avoir pris toutes les mesures de prévention nécessaires, puis avoir réagi immédiatement au signalement par une enquête et des mesures conservatoires, s'exonère de sa responsabilité. C'est précisément pourquoi les structures bien conseillées ouvrent une enquête sans attendre. Une direction qui traîne se met elle-même en difficulté.

Cette obligation se rattache à la démarche générale de prévention des risques psychosociaux et au document unique d'évaluation des risques professionnels, où le risque de harcèlement doit figurer dès lors qu'il est identifié.

Médiation et enquête interne, les solutions amiables

La voie amiable existe, elle est parfois la bonne, et elle est souvent proposée trop tôt. Trois options se distinguent nettement.

La médiation

L'article L1152-6 du code du travail organise expressément la médiation en cas de harcèlement moral. Elle est ouverte à la personne qui s'estime victime comme à celle qui est mise en cause. Le médiateur est choisi d'un commun accord.

Son rôle consiste à s'informer de l'état des relations, à tenter de concilier les parties et à leur soumettre des propositions consignées par écrit. En cas d'échec, il informe des sanctions encourues et des garanties procédurales dont bénéficie la victime.

Important

Rien de tel n'existe pour le harcèlement sexuel, et la médiation y est déconseillée.

  • Elle suppose deux parties qui échangent à égalité
  • Un lien hiérarchique interdit cette égalité
  • Des faits pénalement qualifiables ne se négocient pas

Une direction qui propose une médiation dans ce cas se trompe de procédure.

L'enquête interne de l'employeur

Ce n'est pas une solution amiable au sens strict, mais c'est l'étape que l'employeur doit engager dès l'alerte. Une enquête sérieuse suit quelques règles simples.

  • Elle est confiée à des personnes sans lien hiérarchique avec les parties
  • Elle associe un représentant du personnel dans le secteur privé
  • Elle entend la victime, la personne mise en cause et les témoins séparément
  • Elle donne lieu à un rapport écrit remis aux parties
  • Elle s'accompagne de mesures conservatoires si la situation l'exige

Rester sans réaction après une alerte écrite expose l'employeur à voir sa responsabilité engagée au titre de son obligation de sécurité, même si le harcèlement n'est finalement pas retenu. Les juges apprécient la diligence de la réponse au cas par cas.

Les mesures d'éloignement de l'auteur

C'est souvent la demande la plus concrète et la plus efficace à court terme. Elle se formule par écrit.

  • Changement d'affectation ou de planning pour éviter tout contact
  • Suspension préventive des fonctions d'encadrement de la personne mise en cause
  • Télétravail temporaire lorsque la fonction le permet
  • Interdiction de contact direct, y compris par messagerie interne
Bon à savoir

La mesure ne doit pas avoir pour effet de pénaliser la personne qui signale. Un éloignement provisoire de la victime reste envisageable pour sa sécurité, mais un changement de service imposé et durable s'analyse fréquemment comme une rétorsion, elle-même sanctionnable. Demander par écrit que la mesure porte d'abord sur la personne mise en cause évite bien des situations.

Quand refuser un arrangement amiable

  • Faits susceptibles de qualification pénale, agression sexuelle notamment
  • Lien hiérarchique direct entre l'auteur présumé et la victime
  • Récidive après une première alerte restée sans suite
  • Refus de la personne mise en cause de reconnaître les faits
  • Dégradation de l'état de santé déjà constatée médicalement

Porter l'affaire devant un juge

Trois procédures s'engagent, séparément ou en parallèle. Elles ne poursuivent pas le même but.

Disciplinaire
  • Sanction de l'auteur par l'employeur ou par l'ordre
  • Indépendante du pénal
  • Délai de deux mois pour l'engagement dans le privé
  • Ne répare pas le préjudice de la victime
Prud'homale ou administrative
  • Réparation du préjudice subi
  • Mise en cause de l'employeur, même non auteur
  • Cinq ans à compter du dernier acte
  • Charge de la preuve aménagée en faveur du salarié
Pénale
  • Sanction personnelle de l'auteur
  • Plainte en commissariat ou auprès du procureur
  • Six ans de prescription pour un délit
  • Constitution de partie civile possible

Devant le juge du travail, la preuve se partage en deux temps.

  • Vous présentez des faits qui laissent supposer un harcèlement
  • L'employeur doit alors prouver que ces faits n'ont rien à voir avec du harcèlement

Autrement dit, un dossier documenté suffit à renverser la charge.

À noter

Aucun salarié ni agent ne peut être sanctionné, licencié ou faire l'objet d'une mesure défavorable pour avoir subi, refusé de subir ou relaté des faits de harcèlement. Une sanction prise dans ces conditions est annulable. C'est la protection la plus solide dont dispose une victime, et la moins connue.

Le harcèlement dont les hommes sont victimes

Le phénomène est minoritaire, mais il est mesuré. Et il varie fortement d'une profession à l'autre.

  • 24 % des infirmiers hommes victimes, contre 53 % des infirmières
  • 5 % des médecins hommes victimes, contre 54 % des femmes médecins
  • 3 % des médecins hommes victimes d'un confrère, contre 49 % des femmes

Un infirmier homme sur quatre est donc concerné. L'écart avec les 5 % des médecins hommes tient sans doute autant aux conditions d'exercice qu'à la propension à déclarer.

L'écart est considérable et il ne doit pas masquer la situation des hommes concernés. Trois particularités méritent d'être connues.

  • Le sous-signalement y est plus marqué encore. À la peur des conséquences professionnelles s'ajoute la crainte de ne pas être pris au sérieux, ou d'être renvoyé à une plaisanterie
  • Les textes sont strictement identiques. Le harcèlement sexuel et l'agissement sexiste ne comportent aucune condition tenant au sexe de la victime ni à celui de l'auteur
  • Les faits entre personnes de même sexe entrent dans le champ. La qualification ne suppose aucune configuration particulière

Les dispositifs de signalement, la protection fonctionnelle, l'enquête interne et les recours contentieux s'appliquent sans distinction. Les lignes d'écoute généralistes destinées aux professionnels de santé accueillent également les hommes.

Prévenir le harcèlement dans son service

Une partie de la protection se joue avant, dans des réflexes de quotidien qui ne coûtent rien et qui changent tout si la situation se dégrade.

Les réflexes de protection individuelle

  • Écrire ce qui a été dit à l'oral. Après un entretien tendu, un courriel de synthèse à l'interlocuteur, factuel et courtois, crée une trace opposable. « Pour faire suite à notre échange de ce matin, je note que... »
  • Ne pas répondre depuis un compte personnel. Conserver les échanges professionnels sur les canaux de l'établissement facilite leur production ultérieure.
  • Sauvegarder au fur et à mesure sur un support personnel. L'accès à la messagerie professionnelle se coupe dès le premier jour d'un arrêt long.
  • Ne pas rester seul en entretien avec la personne mise en cause, une fois la situation identifiée. Demander un tiers se justifie et se demande par écrit.
  • Nommer la situation à une personne de confiance hors du service. L'isolement est le premier facteur d'enlisement.

Ce que l'établissement doit mettre en place

Deux leviers de formation existent et sont trop peu utilisés sur ce sujet.

  • Un dispositif de signalement connu, accessible et distinct de la ligne hiérarchique
  • Un référent identifié, nommé sur les supports internes, et pas seulement désigné sur le papier
  • Une procédure d'enquête écrite, avec des délais et une composition définie à l'avance
  • Le risque de harcèlement inscrit au document unique, avec un plan d'action associé
  • Une sensibilisation de l'encadrement, en particulier des personnes en position d'autorité sur des étudiants et des stagiaires
  • Un suivi statistique anonymisé des signalements, présenté en formation spécialisée
À noter

Depuis le 21 janvier 2025, la prévention de ces violences figure au référentiel de certification des établissements de santé.

  • Un établissement sans dispositif ni traçabilité est exposé lors de sa certification
  • Le sujet quitte le terrain moral pour celui du pilotage
  • C'est l'argument le plus efficace à porter en instance
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Infographie sur le harcèlement entre soignants, chiffres des enquêtes ordinales 2024 et trois qualifications juridiques
Récapitulatif, les chiffres des consultations ordinales et les trois qualifications

Numéros et interlocuteurs pour les victimes

Aucune démarche ne se mène seul. Voici où appeler, gratuitement et le plus souvent de façon anonyme.

Lignes d'écoute et soutien aux victimes

Ressource Ce qu'elle apporte Accès
Soins aux professionnels en santé Écoute par des psychologues, orientation vers un réseau de praticiens, tous métiers du soin 0 805 23 23 36, 24 h/24, gratuit et anonyme
Entraide de l'Ordre des médecins Écoute et accompagnement des médecins et des internes 0800 288 038
Violences Femmes Info Écoute, information et orientation des femmes victimes de violences 3919
France Victimes Aide aux victimes d'infraction, accompagnement juridique et psychologique 116 006
Médecin du travail Constat du retentissement sur la santé, alerte de l'employeur, secret professionnel Visite à la demande du professionnel
Plateforme de signalement ordinale Recueil du signalement, accompagnement, référents en conseil départemental Espace ordinal de votre profession
Défenseur des droits Saisine en cas de discrimination, y compris liée au sexe Délégué territorial ou saisine en ligne
Organisation syndicale Accompagnement dans les démarches, présence aux entretiens, appui juridique Section de l'établissement
Bon à savoir

Un professionnel isolé qui hésite à saisir sa hiérarchie peut commencer par une ligne d'écoute anonyme. Cet appel ne déclenche aucune procédure, n'informe personne et permet de poser la situation avant de décider. C'est souvent l'étape qui manque entre le silence et la plainte.

Former les équipes et l'encadrement
Prévention des violences sexistes, posture managériale, gestion des conflits.
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Textes de référence sur le harcèlement

Ces documents expliquent la procédure côté employeur. Les citer dans une saisine écrite change le traitement réservé à une demande.

WEB
Direction générale de l'offre de soins. Désignation et missions du référent égalité dans la fonction publique hospitalière. À citer pour obtenir son nom quand personne ne sait qui il est.
WEB
Ministère de la justice. Définitions, procédures et voies de recours en langage accessible. Utile pour préparer un entretien avec un avocat ou un représentant du personnel.
WEB
ANFH. Synthèse des obligations de l'employeur hospitalier et des dispositifs de signalement, avec les évolutions récentes de la partie réglementaire du code général de la fonction publique.

Guides officiels sur le harcèlement au travail

Ces documents servent d'appui à une saisine, à une demande d'enquête ou à la construction d'une procédure interne. Ils sont gratuits et opposables, ce qui compte quand on écrit à une direction.

PDF
Direction générale du travail. Le document de référence pour le secteur privé, avec une double entrée salarié et employeur. Il décrit et illustre les propos et comportements constitutifs de harcèlement, à partir de la jurisprudence.
PDF
Direction générale de l'administration et de la fonction publique. Le pendant public du précédent, avec les délais de prescription disciplinaire et des exemples de décisions rendues en juridiction administrative.
PDF
Le format le plus directement utilisable. Des fiches pratiques élaborées avec des employeurs des trois versants, à remettre à un cadre ou à un service des ressources humaines qui ne sait pas par où commencer.
PDF
L'entrée par la prévention des risques professionnels. Facteurs de risque organisationnels, effets sur la santé, leviers d'action de l'employeur. Utile pour alimenter le document unique et argumenter en instance.
WEB
La page qui rassemble affiches, dépliants et études, dont les travaux de la Dares sur les contextes où les comportements sexistes sont les plus fréquents. Point de départ pour une campagne d'affichage interne.

Questions fréquentes sur le harcèlement entre soignants

Mon ordre peut-il porter plainte à ma place contre un confrère

Pas par la voie de l'employeur. L'article 15-3-4 du code de procédure pénale autorise l'employeur à déposer plainte pour le compte d'un soignant, puis précise que « le présent alinéa n'est pas applicable lorsque les faits sont commis par un professionnel de santé ou un membre du personnel ». Pour les ordres et les URPS, dont la faculté figure dans un alinéa distinct, le texte reste muet et aucune décision n'a tranché. Face à un confrère ou à un cadre, la plainte reste une démarche personnelle. L'ordre conserve en revanche la possibilité de se constituer partie civile à vos côtés et d'engager une procédure disciplinaire.

Combien de faits faut-il pour qualifier un harcèlement moral

Aucun seuil chiffré n'existe. Le texte exige des agissements répétés, sans en fixer le nombre. Deux faits suffisent en principe, dès lors qu'ils traduisent une dégradation des conditions de travail. Le juge apprécie l'ensemble, sa durée et ses effets sur la santé ou l'avenir professionnel. En revanche, l'agissement sexiste et la pression grave exercée pour obtenir un acte sexuel n'exigent aucune répétition.

Comment prouver un harcèlement moral au travail

Devant le juge du travail, la charge de la preuve est aménagée. Vous présentez des éléments de fait laissant supposer l'existence d'un harcèlement, et il revient à l'employeur de démontrer que ces agissements sont étrangers à tout harcèlement. Les éléments utiles sont un journal daté et rédigé au fil des faits, les courriels et messages conservés, les attestations de témoins signées avec copie de pièce d'identité, les certificats médicaux, les comptes rendus d'entretien et les modifications de planning ou d'affectation.

La médiation est-elle possible en cas de harcèlement sexuel

Le code du travail prévoit la médiation pour le harcèlement moral, à l'article L1152-6. Aucune disposition équivalente n'existe pour le harcèlement sexuel et la médiation y est déconseillée. Elle suppose deux parties en mesure d'échanger à égalité, ce qui n'est pas le cas devant un lien hiérarchique et des faits susceptibles de qualification pénale. Une direction qui propose une médiation dans cette situation se trompe de procédure. L'enquête interne et les mesures d'éloignement sont les réponses attendues.

Quel est le délai pour agir

Cinq ans devant le conseil de prud'hommes ou le tribunal administratif, à compter du dernier acte de harcèlement. Six ans au pénal, s'agissant d'un délit, à compter du dernier fait également. Ces délais sont longs, mais agir tôt reste préférable. Les témoins changent de service, les messageries professionnelles sont purgées et les certificats médicaux perdent de leur force à distance des faits.

Puis-je être sanctionné pour avoir signalé des faits

Non. Aucun salarié ni agent public ne peut être sanctionné, licencié ou faire l'objet d'une mesure défavorable pour avoir subi, refusé de subir ou relaté des faits de harcèlement moral ou sexuel. Une sanction prise dans ces conditions est annulable, y compris un changement d'affectation présenté comme une mesure de protection. Si un éloignement s'impose, il doit porter sur la personne mise en cause, pas sur la personne qui a signalé.

Un homme peut-il être reconnu victime de harcèlement sexuel

Oui, sans aucune restriction. Les textes ne comportent aucune condition tenant au sexe de la victime ni à celui de l'auteur, et les faits entre personnes de même sexe entrent dans le champ. Les chiffres varient selon la profession. La consultation de l'Ordre national des infirmiers établit que 24 % des infirmiers hommes déclarent avoir subi des violences sexistes ou sexuelles, contre 53 % des infirmières. Chez les médecins, l'écart est plus marqué, 5 % des hommes contre 54 % des femmes. Le phénomène est minoritaire mais le sous-signalement y est encore plus marqué, la crainte de ne pas être pris au sérieux s'ajoutant aux freins habituels.

Que faire si mon employeur ne réagit pas à mon signalement

L'absence de réaction après une alerte écrite constitue en soi un manquement à l'obligation de sécurité, indépendamment de la réalité du harcèlement. Plusieurs relais existent. Dans le privé, l'inspection du travail enquête et signale au procureur le cas échéant, et le référent harcèlement du comité social et économique dispose d'un droit d'alerte. Dans le public, la formation spécialisée en santé et sécurité peut être saisie, ainsi que l'agence régionale de santé. Le Défenseur des droits est compétent lorsque les faits relèvent d'une discrimination.

Comment prouver un harcèlement moral sans preuve matérielle

La question part d'un malentendu. Devant le juge du travail comme devant le juge administratif, la victime n'a pas à prouver le harcèlement. Elle présente des éléments de fait laissant supposer son existence, et il revient à l'employeur de démontrer que ces agissements sont étrangers à tout harcèlement. Un faisceau de faits modestes mais datés l'emporte donc souvent sur un fait grave mais isolé. Un journal tenu au fil des événements, des courriels anodins replacés dans une chronologie, des attestations de témoins sur ce qu'ils ont constaté, des certificats médicaux et des plannings modifiés constituent ce faisceau. Au pénal, la logique est inverse et la preuve incombe au ministère public.

Quelles sont les peines encourues par l'auteur

Le harcèlement moral au travail est puni de 2 ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende par l'article 222-33-2 du code pénal. Le harcèlement sexuel est puni des mêmes peines par l'article 222-33, portées à 3 ans et 45 000 euros lorsque l'auteur abuse de l'autorité que lui confèrent ses fonctions. Cette circonstance aggravante vise directement la configuration du praticien, du cadre ou du maître de stage à l'égard d'un professionnel placé sous sa responsabilité. La sanction pénale se cumule avec la sanction disciplinaire prononcée par l'employeur ou par l'ordre professionnel.

Que demander exactement aux ressources humaines

Une demande écrite en trois points. Les faits, datés et localisés, sans qualification juridique ni adjectif d'appréciation. La demande précise, qui est l'ouverture d'une enquête interne et la mise en place de mesures conservatoires d'éloignement. Le délai de réponse attendu. Formuler une demande engage la structure, exposer une situation ne l'engage à rien. Conserver une copie de l'envoi et de l'accusé de réception. L'absence de réaction après cette alerte constitue en soi un manquement à l'obligation de sécurité, qui se plaide séparément de la réalité du harcèlement.

Le harcèlement par un patient relève-t-il des mêmes règles

Non. Des faits commis par un patient ou par un proche ne relèvent pas du harcèlement au travail au sens du code du travail, qui suppose une relation de travail. Ils constituent un délit de droit commun, avec le régime aggravé applicable aux professionnels de santé depuis la loi du 9 juillet 2025. Pour un salarié, l'employeur peut déposer plainte pour son compte après consentement écrit. Pour un libéral, l'ordre ou l'URPS le peut depuis le décret du 20 juillet 2026. L'obligation de sécurité de l'employeur reste engagée dans les deux cas, puisqu'elle couvre aussi les violences venant de tiers.

Une main courante suffit-elle

Non. La main courante enregistre une déclaration et lui donne une date certaine, sans saisir le procureur ni déclencher d'enquête. Elle a une utilité réelle pour dater les faits quand on hésite encore à porter plainte, mais elle ne remplace ni la plainte ni l'alerte écrite adressée à l'employeur. Cette dernière est souvent la démarche la plus déterminante, car elle déclenche l'obligation d'agir de la structure et fait courir sa responsabilité.

Rédigé par

Laurent Lugari

Fondateur de Lonasante.com, notre mission est claire : accompagner les soignants et les structures médicales dans le choix des formations, logiciels, matériels et solutions adaptés à leur quotidien. À travers des contenus clairs et accessibles, nous vous aidons à gagner du temps sur vos recherches pour que vous puissiez vous concentrer sur l'essentiel : vos patients.

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