Rédiger une analyse de situation sur un patient agressif ne consiste pas à raconter ce qui s'est passé. L'exercice évalue votre capacité à relier un comportement observable à ses déterminants, puis à justifier chaque geste posé.
Retrouvez ici la méthode attendue en cinq temps, les moments du parcours où la tension monte, les causes à documenter côté patient et côté organisation, la conduite à tenir issue de l'outil 5 de la Haute Autorité de santé, un exemple rédigé complet et les documents à télécharger pour votre service.
Sommaire
- La méthode d'analyse de situation en soins infirmiers
- Moments et causes de l'agressivité d'un patient
- Les quatre moments de la montée en tension
- Les trois stades de l'agressivité selon la HAS
- La conduite à tenir face à un patient agressif
- Exemple d'analyse de situation rédigé
- Tracer et signaler après l'incident
- Les ressources à télécharger pour l'équipe
- Questions fréquentes
La méthode d'analyse de situation en soins infirmiers
Une analyse de situation en soins infirmiers suit une logique assez constante d'un institut à l'autre. Le découpage exact, lui, varie selon les consignes reçues. Vérifiez toujours la grille de votre institut de formation en soins infirmiers avant de vous lancer.
Le correcteur cherche un raisonnement, pas un récit.
Le plan en cinq temps
Les compétences infirmières mobilisées
Une situation d'agressivité mobilise principalement trois compétences du référentiel infirmier, dans la rédaction issue de l'arrêté du 31 juillet 2009.
- Compétence 6, communiquer et conduire une relation dans un contexte de soins. C'est la compétence centrale ici.
- Compétence 1, évaluer une situation clinique et établir un diagnostic dans le domaine infirmier, pour la part d'évaluation du comportement.
- Compétence 7, analyser la qualité des soins et améliorer sa pratique professionnelle, pour le temps de réajustement.
Les nommer explicitement valorise l'analyse lorsque l'institut le demande. Tous les jurys ne l'exigent pas, et une copie qui aligne des numéros sans raisonnement derrière ne gagne rien.
L'erreur la plus fréquente consiste à confondre description et interprétation dès le deuxième temps. Écrire « le patient était en colère » est déjà une interprétation. Le fait observable est le ton de voix, le débit, la posture, les mots employés. L'émotion se déduit ensuite, dans la partie analyse.
Moments et causes de l'agressivité d'un patient
L'agressivité reste avant tout une réaction vitale. Le patient mobilise, le plus souvent sans en avoir conscience, un mécanisme de défense avec les moyens dont il dispose, face à une souffrance, une peur ou une situation vécue comme menaçante. Le lire ainsi n'excuse rien, cela oriente la réponse.
Ce n'est pas la seule lecture possible. D'autres déterminants existent, cliniques ou contextuels, et l'analyse gagne à les envisager plutôt qu'à retenir une explication unique.
Les moments du parcours où la tension monte
Aucune étape du parcours de soin n'échappe au risque. Situer le moment aide à séparer ce qui relève de la personne et ce qui relève de l'organisation, distinction que les correcteurs attendent.
- À l'arrivée aux urgences, où l'attente avant transfert se cumule à la douleur et à l'inquiétude
- Pendant l'admission administrative, quand une pièce manque, qu'un droit n'est pas ouvert ou qu'aucune explication n'accompagne le refus
- Au cours d'un soin, la toilette et les gestes invasifs venant en tête
- À l'annonce d'un diagnostic, l'agressivité prenant alors la place d'un effondrement
- Lors d'une intervention à domicile, où le professionnel est seul et sur le territoire de l'autre
Deux secteurs concentrent les signalements, la psychiatrie et les urgences. Le premier parce que la violence y est parfois un symptôme à part entière, le second parce que l'attente y rencontre l'inquiétude. L'agressivité y prend une forme comportementale, verbale ou physique, et bascule parfois vers la violence.
Les causes liées au patient
- État de souffrance physique, douleur non soulagée, inconfort lié à la situation médicale, réaction à un traitement, incontinence
- Anxiété, peur du diagnostic, peur de la perte d'autonomie
- Frustration après un accident, une annonce, un traitement difficile
- Détresse psychologique, tristesse, faible estime de soi
- Pathologie neurologique ou psychiatrique, épilepsie, schizophrénie, trouble psychotique
- Trouble neurocognitif majeur, maladie d'Alzheimer, forme à corps de Lewy, forme frontotemporale
- Traumatisme crânien récent ou séquellaire
- Intoxication ou sevrage, alcool, substances psychoactives, rupture de traitement
- Problèmes personnels, familiaux ou professionnels extérieurs au soin
Le vocabulaire compte dans une copie. Les recommandations récentes parlent de trouble neurocognitif majeur plutôt que de démence, et de troubles anxieux plutôt que de névrose. Le terme ancien reste compris, mais le terme actuel signale une lecture à jour.
Les causes liées à l'organisation des soins
Ces facteurs relèvent de l'organisation, pas du patient. Les identifier évite d'attribuer toute la responsabilité à la personne soignée, ce que les correcteurs sanctionnent.
- Attente prolongée, en particulier aux urgences avant un transfert
- Lenteur ou opacité administrative à l'admission
- Refus opposé sans explication, prescription, arrêt de travail, sortie
- Défaut d'information sur le déroulé du soin ou sur le délai
- Environnement bruyant, promiscuité, absence d'intimité
- Surcharge de l'équipe, réponses brèves, disponibilité réduite
Ces leviers relèvent de la qualité de l'accueil bien avant la clinique. Les établissements les travaillent le plus souvent par la formation à l'accueil des usagers, qui outille les secrétariats et les agents des admissions autant que les soignants.
Un chiffre à citer en analyse pour appuyer la part organisationnelle. Le rapport 2025 de l'Observatoire national des violences en santé, publié en septembre 2025 et portant sur les années 2023 et 2024, recense 20 961 signalements en 2024 contre 19 640 en 2023.
Le refus ou la contestation par le patient, le résident ou l'accompagnant arrive en tête des motifs, avec 5 776 faits recensés en 2024. Une précaution s'impose en copie : le motif n'a été renseigné que dans huit signalements sur dix cette année-là, ce qui interdit de convertir ce nombre en pourcentage de l'ensemble sans le préciser.
Autrement dit, ce qui déclenche l'incident tient plus souvent à une décision mal reçue qu'à l'état clinique de la personne.
Auto-agressivité, hétéro-agressivité et agitation
La distinction structure l'évaluation clinique, se retrouve dans les transmissions et commande deux conduites opposées.
| Forme | Ce qu'elle recouvre | Conduite spécifique |
|---|---|---|
| Hétéro-agressivité | Agressivité dirigée vers autrui, verbale, physique ou matérielle. Insultes, menaces, coups, dégradation. | Protection de l'entourage et de l'équipe, distance de sécurité, appel de renfort selon le stade. |
| Auto-agressivité | Agressivité retournée contre soi. Scarifications, coups portés à soi-même, conduites de mise en danger délibérée. | Évaluation du risque suicidaire, surveillance rapprochée, transmission médicale sans délai. |
| Agitation psychomotrice | Hyperactivité motrice non finalisée, déambulation, impossibilité de tenir en place, sans intention agressive initiale. | Recherche d'une cause organique avant toute lecture psychiatrique, douleur, globe vésical, hypoglycémie, confusion. |
Une nuance qui se joue à la lecture. Le refus alimentaire est souvent rangé d'office dans l'auto-agressivité, alors qu'il se lit aussi comme un symptôme dépressif, un trouble du comportement alimentaire, un refus de soin ou une opposition. La lecture dépend du contexte clinique et se justifie, elle ne se pose pas.
Repérer une crise de santé mentale et amorcer le dialogue sans aggraver la situation fait l'objet d'un programme dédié, les premiers secours en santé mentale, accessibles aux soignants comme au personnel administratif.
Les quatre moments de la montée en tension
La violence n'est pas un instant isolé. La HAS la décrit comme le terme d'un processus qui se déroule dans le temps, et c'est cette temporalité qui permet d'intervenir avant le passage à l'acte.
Quatre moments sont identifiés dans l'outil 5 de la HAS, sans prétention à couvrir toutes les situations.
- Le contexte initial. Le patient à un moment particulier de son parcours, avec son histoire personnelle, l'évolution de sa maladie et ses liens avec l'équipe et les autres patients.
- La montée de tension due à une circonstance extérieure. Une demande à laquelle il n'est pas répondu de façon appropriée, une promiscuité qui ne préserve pas l'intimité, un conflit, une visite annoncée qui n'a pas lieu.
- L'aggravation de la tension intérieure et de la souffrance. Les symptômes s'accentuent, angoisse, idées de persécution. Le patient exprime un sentiment d'injustice ou de perte de dignité qui entre en résonance avec un vécu antérieur.
- Le passage à l'acte. De forme et d'intensité variables, verbal, physique ou matériel.
Ces facteurs n'obéissent pas à une addition mécanique. Ils interagissent, et à chaque palier la situation escalade ou s'apaise selon l'intervention des professionnels. La HAS insiste sur un mécanisme précis, la tendance à se placer en miroir de la personne agressive, qui installe une défiance réciproque et alimente l'escalade.
Dans une analyse de situation, reconstituer cette chaîne vaut mieux que multiplier les hypothèses. Un correcteur attend une trajectoire, pas un catalogue.
Les trois stades de l'agressivité selon la HAS
Le document de référence sur le sujet en français porte un nom précis, que les copies citent rarement correctement.
- Titre exact : Stratégies de désamorçage de situations à risque de violence
- Éditeur : Haute Autorité de santé, septembre 2016
- Nature : outil 5 d'amélioration des pratiques, issu d'un kit de 14 outils et 15 programmes
- Périmètre d'origine : hospitalisation en service de psychiatrie, patients adultes
- Format : PDF de 6 pages, accès libre et gratuit
- Accès direct : télécharger l'outil 5 sur has-sante.fr
Il distingue trois stades, chacun appelant un niveau de réponse différent.
Cet outil a été conçu pour les hospitalisations en service de psychiatrie chez l'adulte. Il est largement transposé aux urgences, à la gériatrie et au médico-social, et il reste la référence francophone la plus citée. En copie, le mentionner comme une transposition assumée plutôt que comme un cadre universel est un point en votre faveur, pas contre vous.
Remarque déplacée, ton qui monte, impatience, au décours d'un repas, d'une toilette, d'un retour de sortie. L'ambiance de l'unité n'est pas perturbée.
Toute personne qui en prend conscience répond, agent des services hospitaliers, aide-soignant, infirmier, psychologue ou médecin. La HAS insiste sur un geste simple, accuser réception de la demande même quand on ne peut pas y répondre tout de suite, en proposant un temps décalé et en tenant parole.
La situation attire l'attention des soignants et commence à perturber les autres patients. L'intervention devient collective, avec un entretien proposé par un membre de l'équipe en concertation avec elle.
L'entretien se tient dans un espace circonscrit, avec un accès à la porte pour le soignant comme pour le patient, du personnel informé à proximité et un dispositif d'appel pour travailleur isolé. Il s'appuie sur le plan de prévention partagé élaboré en amont avec le patient.
Tension perceptible par tous, patient difficilement accessible au dialogue. La gestion se divise en deux, une partie de l'équipe prend en charge la crise, l'autre rassure les autres patients.
Le médecin de l'unité ou de garde est sollicité et le protocole d'appel à renforts se déclenche. La HAS pose une question rarement anticipée, un nombre important de personnel visible va-t-il apaiser ou majorer la crise selon le patient.
L'outil propose également la gestion de l'espace, les techniques de désamorçage verbal et non verbal et les méthodes de clarification des besoins. Un document distinct traite de la prise en charge d'un patient après un état d'agitation, la phase la plus souvent escamotée dans les protocoles de service.
Situer le stade dans une analyse de situation change la note. Écrire « la situation correspond au stade 2 tel que l'outil 5 de la HAS le décrit, ce qui justifiait un entretien dédié plutôt qu'une réponse individuelle » démontre un raisonnement référencé. Écrire « j'ai essayé de le calmer » ne démontre rien.
La conduite à tenir face à un patient agressif
Les réactions instinctives aggravent presque toujours la situation. Imposer, contredire, hausser le ton produit une contre-réaction immédiate. Un comportement froid ou dénué d'empathie amplifie l'agressivité au même titre.
Les cinq étapes de la désescalade
- Évaluer l'état du patient. Colère, souffrance, peur, mécanisme de défense. Identifier le sentiment à l'origine du comportement conditionne tout le reste.
- Observer le non-verbal. Gestes, expressions faciales, ton, débit, distance prise ou réduite, poings serrés.
- Annoncer ses intentions. Ce que vous venez faire et pourquoi. Sous tension, une consigne formulée positivement et concrètement se traite plus vite qu'une interdiction. Préférer « posez le dossier sur le comptoir, je vous écoute » à « ne criez pas ».
- Nommer l'intérêt du patient. « Je comprends que cette attente vous préoccupe. » La reformulation abaisse la tension plus vite que l'argumentation.
- Orienter vers une solution. Proposer un choix, même limité, restitue au patient une part de contrôle.
Ces cinq gestes relèvent de la technique et se travaillent. Reformulation, questions ouvertes, annonce d'intention, tout cela figure au programme des formations à la communication avec le patient, souvent suivies en amont d'un module centré sur l'agressivité.
Les bons réflexes et les erreurs à éviter
- Écouter sans interrompre
- Parler lentement, voix calme et posée
- Phrases courtes, mots simples
- S'intéresser à la personne avec empathie
- Parler de ce que vit la personne
- Poser des questions ouvertes
- Langage corporel ouvert
- Faire appel à un collègue
- Réduire le patient à son comportement
- Imposer durement ou donner un ordre
- Contredire frontalement
- Donner des conseils non sollicités
- Argumenter, menacer
- Rester seul face à une menace
- Tourner le dos ou fermer la sortie
- Minimiser publiquement la demande
- Le temps de reconnaissance. Écouter, reformuler la plainte, montrer qu'elle est enregistrée. La HAS recommande une posture non intrusive qui respecte l'espace du patient, ce qui exclut le contact physique dans ce contexte.
- Le renforcement en gériatrie. Valoriser un changement de comportement par un repère plaisant relève d'une approche comportementale utilisée devant un trouble neurocognitif, à cadrer avec l'équipe et le médecin.
En cabinet comme à l'hôpital, l'affichage des règles de bonne conduite au secrétariat et en salle d'attente pose le cadre relationnel et rappelle les règles de respect mutuel. Il ne fait pas disparaître les incidents, aucune étude ne le démontre, mais il donne à l'équipe un appui pour recadrer sans improviser. L'Ordre des médecins met une affiche à disposition.
Exemple d'analyse de situation rédigé
Le modèle ci-dessous applique la structure en cinq temps. Il sert de trame, pas de copie à reproduire.
1. Contexte. Service d'accueil des urgences d'un centre hospitalier, un vendredi soir. Deux infirmiers et une aide-soignante en poste, salle d'attente pleine. Monsieur B., 47 ans, est arrivé pour une douleur lombaire aiguë. Il attend depuis trois heures.
2. Description factuelle. Monsieur B. se lève, s'approche du poste et hausse la voix. Il dit « ça fait trois heures que je suis là, personne ne me dit rien ». Il frappe du plat de la main sur le comptoir. Son débit s'accélère, il tient son dos de la main gauche. Il ne s'approche pas au-delà du comptoir.
3. Questionnement.
- Quelle part de ce comportement relève de la douleur non soulagée et quelle part de l'attente ?
- Quelle information a été donnée à Monsieur B. depuis son arrivée, et par qui ?
- À quel stade de tension la situation se situe-t-elle, et quelle réponse ce stade appelle-t-il ?
- Quels éléments d'organisation du service ont contribué à cette montée en tension ?
4. Analyse. Le comportement observé associe une composante douloureuse et une frustration liée à l'attente et au défaut d'information. La douleur lombaire aiguë non réévaluée depuis l'accueil constitue un facteur individuel. L'absence de réévaluation et l'absence de communication sur le délai constituent des facteurs organisationnels. Le motif rejoint le premier motif de violence recensé par l'Observatoire national des violences en santé, le refus ou la contestation.
La situation correspond au stade 2 tel que l'outil 5 de la HAS le décrit. Le comportement s'est répété et intensifié, sans passage à l'acte physique dirigé vers une personne. Ce stade appelle une intervention coordonnée avec un entretien dédié, non une réponse individuelle brève. La transposition depuis un cadre pensé pour la psychiatrie se justifie ici par la proximité du mécanisme d'escalade, elle mérite d'être signalée.
La compétence 6 est mobilisée au premier plan, la compétence 1 pour la réévaluation de la douleur, la compétence 7 pour l'analyse collective qui suit.
5. Réajustement. Réévaluer la douleur dès la première manifestation de tension plutôt qu'après. Instaurer un point d'information systématique aux patients en attente au-delà de deux heures. Proposer un temps d'échange à Monsieur B. dans un espace calme, hors de la salle d'attente. Porter la question du délai d'information à l'ordre du jour de la réunion de service.
Tracer et signaler après l'incident
La partie la plus souvent oubliée des copies, et la plus regardée en service.
Ce qui se trace le jour même
- Rédiger un compte rendu écrit le jour même, faits datés et horodatés, propos rapportés entre guillemets
- Transmettre à l'équipe et au médecin, à l'oral puis dans le dossier de soins
- Déclarer l'événement indésirable dans le registre de l'établissement
- Alimenter la remontée vers l'Observatoire national des violences en santé selon la procédure interne, le recueil se fait par l'établissement sur une base volontaire et non par déclaration individuelle obligatoire
- Organiser un temps de reprise en équipe selon la trame HAS, y compris pour un incident verbal
La solidarité entre professionnels participe à la prévention des risques psychosociaux. Un incident non repris en équipe se rejoue, et l'exposition répétée à l'agressivité figure parmi les facteurs de risque documentés d'épuisement professionnel. Les situations de conflit en milieu hospitalier obéissent d'ailleurs à une logique proche, avec des acteurs différents.
Le dépôt de plainte depuis 2025
Le cadre a bougé deux fois en un an, et beaucoup de copies restent sur l'ancien état du droit.
La loi du 9 juillet 2025 visant à renforcer la sécurité des professionnels de santé autorise l'employeur à déposer plainte pour le compte du professionnel victime, après recueil de son consentement écrit. Le texte aggrave par ailleurs les peines encourues pour violences, menaces, vols et outrages commis à l'encontre d'un soignant, quel que soit son statut ou son lieu d'exercice.
Un décret du 20 juillet 2026 étend le mécanisme aux libéraux, qui n'ont pas d'employeur. Le conseil départemental de l'ordre ou l'union régionale des professionnels de santé porte désormais plainte au nom du professionnel agressé, sur mandat écrit accompagné d'une pièce d'identité. La victime garde un droit permanent à l'information sur la procédure et met fin au mandat quand elle le souhaite.
Le détail des démarches et de la protection fonctionnelle figure sur notre page consacrée aux violences envers les professionnels de santé. Côté établissement, le volet organisationnel relève de la sûreté des biens et des personnes, qui couvre les circuits d'alerte, la sécurisation des accès et la conduite à tenir en cas d'intrusion.
Sur le versant pratique, les formations à la gestion de l'agressivité des patients se répartissent en quatre types, de la désescalade verbale aux gestes techniques de sécurisation. Les services les plus exposés, psychiatrie et urgences, se tournent plutôt vers le programme Oméga, centré sur la sécurité de l'intervenant.
Les ressources à télécharger pour l'équipe
Beaucoup de services rédigent leur protocole en partant de zéro. Les documents ci-dessous existent, sont gratuits et servent de base directement adaptable.
Les outils de la HAS, à commencer par l'outil 5 sur le désamorçage, ont été écrits pour la psychiatrie hospitalière. Aux urgences, en EHPAD ou en cabinet, ils se transposent à condition d'adapter deux points, la composition de l'équipe de renfort disponible et l'existence ou non d'un espace calme accessible. Un protocole qui prévoit un entretien dédié sans identifier la pièce où il se tiendra reste théorique.
Questions fréquentes
Comment structurer une analyse de situation sur un patient agressif
En cinq temps, sous réserve des consignes de votre institut. Le contexte, sans interprétation. La description factuelle, au présent et sans adjectif d'appréciation. Le questionnement, trois à cinq questions que la situation soulève. L'analyse, qui relie les faits à des savoirs identifiés et cite ses références. Le réajustement, qui porte à la fois sur la posture individuelle et sur l'organisation du service. Nommer les compétences du référentiel mobilisées, principalement la compétence 6, valorise la copie lorsque l'IFSI le demande.
À quel moment un patient devient-il agressif
Aucune étape du parcours n'est épargnée. Les moments les plus souvent rapportés sont l'arrivée aux urgences, où l'attente avant transfert se cumule à la douleur, l'admission administrative quand une pièce manque ou qu'un refus est opposé sans explication, le déroulement d'un soin et en particulier la toilette, l'annonce d'un diagnostic, et l'intervention à domicile où le professionnel est seul. La psychiatrie et les urgences concentrent les signalements, le premier secteur parce que la violence y est parfois un symptôme, le second parce que l'attente y rencontre l'inquiétude.
Quelle est la conduite à tenir face à un patient agressif
Évaluer l'état du patient et le sentiment à l'origine du comportement, observer le non-verbal, annoncer ses intentions en formulations positives et concrètes, nommer l'intérêt du patient par la reformulation, puis orienter vers une solution en proposant un choix. Parler lentement, phrases courtes, langage corporel ouvert, sans contredire ni argumenter. Ne pas rester seul face à une menace, garder la sortie accessible et respecter l'espace personnel du patient plutôt que de chercher un contact physique.
Que dit la HAS sur le désamorçage des situations à risque de violence
L'outil 5 de la HAS, Stratégies de désamorçage de situations à risque de violence, publié en septembre 2016 pour les hospitalisations en psychiatrie adulte, distingue trois stades. Le stade 1 couvre les petites frictions du quotidien et appelle une réponse individuelle immédiate. Le stade 2 correspond à la montée de la tension et appelle une intervention coordonnée en équipe avec un entretien dédié dans un espace sécurisé. Le stade 3 est la situation de crise, qui suppose des renforts, une présence médicale et une division des rôles dans l'équipe. L'outil propose aussi le plan de prévention partagé, les protocoles d'appel à renforts, la gestion de l'espace et les réunions après incident. Il est couramment transposé hors psychiatrie.
Quelle différence entre auto-agressivité et hétéro-agressivité
L'hétéro-agressivité est dirigée vers autrui, sous forme verbale, physique ou matérielle. L'auto-agressivité est retournée contre soi, scarifications, coups portés à soi-même, conduites de mise en danger délibérée. La conduite diffère. L'hétéro-agressivité appelle la protection de l'entourage et une distance de sécurité. L'auto-agressivité appelle une évaluation du risque suicidaire, une surveillance rapprochée et une transmission médicale sans délai. Le refus alimentaire ne se range pas automatiquement dans l'auto-agressivité, il se lit aussi comme un symptôme dépressif, un trouble du comportement alimentaire ou un refus de soin.
Faut-il chercher une cause organique devant une agitation
Une cause somatique doit être recherchée avant toute lecture psychiatrique, en particulier chez la personne âgée ou devant un changement de comportement récent. Une agitation psychomotrice est une hyperactivité motrice non finalisée, sans intention agressive initiale. Une douleur non soulagée, un globe vésical, une hypoglycémie, une hypoxie, un fécalome ou un syndrome confusionnel produisent ce tableau. Lire d'emblée l'agitation comme un trouble psychiatrique ou comportemental fait manquer une cause traitable.
Qui peut déposer plainte après une agression d'un soignant
Le professionnel lui-même, comme toute victime. Depuis la loi du 9 juillet 2025 visant à renforcer la sécurité des professionnels de santé, l'employeur dépose aussi plainte pour le compte d'un agent victime, après avoir recueilli son consentement écrit. Pour les professionnels libéraux, un décret du 20 juillet 2026 ouvre la même possibilité au conseil départemental de l'ordre ou à l'union régionale des professionnels de santé, sur mandat écrit accompagné d'une pièce d'identité. La victime conserve un droit permanent à l'information sur l'avancement de la procédure et retire son mandat quand elle le souhaite.
Existe-t-il un protocole d'agressivité applicable en EHPAD
Il n'existe pas de protocole national opposable. Chaque établissement construit le sien, généralement à partir de l'outil 5 de la HAS, Stratégies de désamorçage de situations à risque de violence, et du plan de prévention des risques professionnels. Un protocole utile précise les trois stades de tension, les personnes à alerter à chaque stade, le circuit d'appel de renfort, la conduite à tenir devant un trouble neurocognitif majeur, la traçabilité dans le dossier et le temps de reprise en équipe après incident.
Quelle formation suivre pour gérer l'agressivité des patients
Quatre types de programmes coexistent. La gestion des agressions verbales, sans prérequis, sur une à deux journées. La gestion de l'agressivité pendant le soin, destinée aux aides-soignants et infirmiers. Les gestes techniques de sécurisation, sur deux jours en moyenne, pour les services les plus exposés. Le profilage et l'analyse comportementale, de une à huit journées, tourné vers la détection en amont. À part, le programme Oméga, créé en 1998 au Québec par l'ASSTSAS, s'organise en quatre journées modulaires animées par des formateurs accrédités et aborde l'agressivité sous l'angle de la santé et de la sécurité au travail. Le choix dépend du type d'incident réellement déclaré dans le service.
